Mythes et Faits sur le TDI – Partie 1

Les mythes et les idées reçues sur le trouble dissociatif de l’identité ont toujours existé, mais ils se sont imprégnés de plus en plus dans l’imaginaire collectif au fil des années et des études de cas extrêmes, stéréotypées et non représentatives présentées au public par les médias.

Le film « Split », sorti en 2016, et plus récemment l’annonce de la série « A Crowded Room », découlent directement de cette exploitation des « cas à sensation » faite par la télévision et les journalistes, au détriment des « cas lambdas », plus représentatifs de ce que vivent et ce que sont les personnes ayant un TDI, mais beaucoup moins impressionnants à l’écran.

Le but de cet article-ci va être d’explorer et de décortiquer les différentes idées reçues qui circulent à propos du TDI.

Note : Dans cet article, la bibliographie est faite partie par partie.


1. Le TDI est rare.

Une maladie est considérée comme rare lorsque sa prévalence tombe en dessous de 0.05%[1]. Le taux de prévalence du TDI est estimé entre 1 et 3%[2]. Si le TDI n’est pas un trouble aussi commun que la dépression, il est en revanche loin de pouvoir être catégorisé comme « rare ».

A titre de comparaison, en cherchant sur les sites de la Haute Autorité de Santé[3] et de l’Inserm[4], on peut retrouver les prévalences suivantes :

  • trouble du spectre autistique (1-2%)
  • l’anorexie mentale (0,9-1,5%)
  • l’hyperphagie boulimique (1,9-3,5%)
  • la schizophrénie (0,7-1%)
  • le trouble obsessionnel-compulsif (0,7%)
  • le trouble anxieux généralisé (2,1-6%)
  • l’agoraphobie (0,6-1,8%)
  • la phobie sociale (1,7-4,7%)
  • l’état de stress post-traumatique (2,2-3,9%)

Il est aussi nécessaire de noter que le TDI est un trouble construit, le plus souvent, pour donner l’illusion du normal malgré la situation traumatique et les symptômes de stress post-traumatique. Il est considéré que seuls 6% des patients ayant un TDI ont des symptômes facilement perceptibles qu’ils ne peuvent pas masquer. 94% ont des symptômes peu évocateurs ou bien sont capables de les masquer[5]. Détecter et diagnostiquer quelqu’un avec un TDI n’est donc pas si simple.

Références

  1. COMMISSION DES COMMUNAUTÉS EUROPÉENNES. (2008, 11 novembre). Les maladies rares : un défi pour l’Europe. https://ec.europa.eu/health/ph_threats/non_com/docs/rare_com_fr.pdf
  2. International Society for the Study of Trauma and Dissociation. (2011). Guidelines for Treating Dissociative Identity Disorder in Adults, Third Revision. Journal of Trauma & Dissociation, 12(2), 115‑187.
    http://dx.doi.org/10.1080/15299732.2011.537247
  3. Portail HAS Professionnels. (s. d.). Haute Autorité de Santé.
    Consulté le 14 mai 2021 sur https://www.has-sante.fr
  4. Inserm – La science pour la santé. (2021, 17 avril). Inserm.
    Consulté le 14 mai 2021 sur https://www.inserm.fr/
  5. Dell, P. F., O’Neil, J. A., Dorahy, M., & Gold, S. (2015). Dissociation and the Dissociative Disorders. Routledge.

2. Le terme « alter » provient de « alter ego ».

Le terme « alter » est, actuellement, l’abréviation de « identité alternante »[1], l’un des termes les plus utilisés dans la littérature de nos jours. On retrouve aussi « état d’identité », « part » ou, plus simplement, « identité ». Dans les travaux les plus anciens, on peut aussi retrouver le terme « d’état de personnalité ».

Certaines hypothèses considèrent que l’abréviation « alter » provient, à l’origine, de « état de conscience alternatif » ou « personnalité alternative ». Le terme « personnalité », qui s’attarde encore aujourd’hui, provient de l’époque où le TDI était appelé « trouble de la personnalité multiple », où l’on n’avait pas encore compris que c’était le sens de l’identité qui était multiple et non pas la personnalité.

La définition d’alter ego est : personne qui a toute la confiance d’une autre et peut la remplacer en toutes circonstances[2]. Une part de la personnalité d’une personne qui n’est pas visible habituellement. ex : Superman est l’alter ego de Clark Kent.[3]

La définition de l’alter ego reprend uniquement la notion de « personnalité » et non pas « d’identité ». L’identité d’une personne qui se crée un alter ego ne change pas. Elle ne change que la façon dont elle l’exprime et ce volontairement. Cela signifie que, contrairement à quelqu’un qui a des identités alternantes chez qui les processus dissociatifs sont involontaires et inconscients, elle conserve un accès plein et total à ses souvenirs.

Une personne qui se crée un alter ego garde son sens de l’identité intact et a la capacité d’appréhender sa vie et l’histoire de sa vie comme un « tout » continu, ce dont sont incapables (ou très peu capables) les gens ayant un TDI.

Chez ceux qui poussent le phénomène dans les extrêmes, on pourrait rapprocher l’alter ego d’un état de conscience modifié, possiblement d’un état dissociatif ou hypnotique léger, mais qui n’a rien à voir avec les symptômes dissociatifs importants et les altérations profondes de l’identité qu’on retrouve dans le TDI.

Au tout début de l’histoire du TDI, de la dissociation et des états de conscience modifiés, on pouvait trouver le terme de « altered ego state » [état du moi altéré] dans certaines études[4,5], qui décrivait un large éventail d’expériences dissociatives et hypnotiques, mais il a été complètement abandonné. C’est le seul lien – très lointain – que l’on peut trouver entre « alter ego » et « identité alternante ».

Références

  1. International Society for the Study of Trauma and Dissociation. (2011). Guidelines for Treating Dissociative Identity Disorder in Adults, Third Revision. Journal of Trauma & Dissociation, 12(2), 115‑187.
    http://dx.doi.org/10.1080/15299732.2011.537247
  2. Larousse (s. d.). Définitions : alter ego – Dictionnaire de français Larousse. Larousse.fr.
    Consulté le 17 mai 2021 sur https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/alter_ego/2553
  3. Cambridge Dictionary. (2021, 12 mai). alter ego definition.
    Consulté le 17 mai 2021 sur https://dictionary.cambridge.org/dictionary/english/alter-ego
  4. Stamm, J. L. (1962). Altered Ego States Allied to Depersonalization. Journal of the American Psychoanalytic Association, 10(4), 762‑783. https://doi.org/10.1177/000306516201000409
  5. Dickes, R. (1965). The Defensive Function of an Altered State of Consciousness : A Hypnoid State. Journal of the American Psychoanalytic Association, 13(2), 356‑403. https://doi.org/10.1177/000306516501300206

3. Les personnes avec TDI sont plus susceptibles d’être dangereuses, des meurtriers, d’avoir des identités psychopathes.

Il a déjà été montré que les profils des gens ayant un trouble dissociatif sont hétérogènes[1] et que le fait d’avoir un trouble dissociatif n’est absolument pas une indication du potentiel violent de la personne. Webermann et Brand (2017) se sont penchées plus spécifiquement sur l’étude des comportements violents chez les gens ayant un trouble dissociatif, et sont parvenues à la conclusion qu’aucun symptôme dissociatif ne permet de prédire un comportement criminel[2].

Plus spécifiquement centré sur le TDI, il est généralement considéré qu’une identité n’ira jamais à l’encontre du sens moral global de la personne. Cette idée a été confirmée par l’étude de Carlisle (1991), qui a fait passer des entretiens à des personnes ayant un TDI et ayant commis des crimes. Ces personnes ont décrit les interférences qui pouvaient être produites par les autres identités lorsque l’une d’entre elles passait à l’action. L’étude conclue en disant que seule une minorité de personnes ayant un trouble dissociatif commettent des actes criminels[3].

Elle est aussi confirmée par la revue de littérature sur le lien entre dissociation et comportements criminels, faite par Moskowitz[4] en 2004, a révélé que si 70 à 82% des personnes avec TDI avaient au moins une identité violente dans leur système, seuls 9,7% (femmes) et 28,6% (hommes) d’entre eux ont un passé avec la justice[4].

Dans sa revue de littérature, Ardino[5] fait le lien entre trouble de stress post-traumatique et violence, avec des pourcentages proches de ceux observés par Moskowitz. Certaines études citées par Moskowitz font aussi état du fait que les comportements violents rapportés par les personnes ayant un TDI ont, dans une grande proportion de cas, été forcés par les agresseurs de la personne[4].

En conclusion, les personnes ayant un TDI sont aussi susceptibles d’être violentes que n’importe qui ayant vécu des traumatismes et ayant un trouble de stress post-traumatique. C’est donc un risque très, très loin d’être aussi systématique que veulent le faire croire les médias. Rappelons encore une fois que 94% des gens ayant un TDI n’ont de symptômes visibles que dans certaines situations bien précises, sources de stress[6]. La plupart d’entre eux vivent des vies normales, ont une carrière, une famille, n’ont et n’auront jamais de problèmes avec la justice.

En fait, il est plus commun que les personnes ayant un trouble dissociatif soient à nouveau victimes de violences[7,8]. Il a ainsi été montré que durant les six premiers mois de thérapie, les risques de re-victimisation allaient de 3,5 à 7% (violence sexuelle), 4,1 à 7,1% (violence physique), 29 à 36% (violence émotionnelle)[8]. Dans cette étude, seul un quart des participants ayant été à nouveaux victimes de violences reproduisaient les violences qu’ils subissaient. Parmi ceux n’ayant pas été re-victimisés, aucun n’avait de comportement violent à l’égard des autres[8].

Références

  1. Kluft, R. P. (1987). The parental fitness of mothers with multiple personality disorder : A preliminary study. Child Abuse & Neglect, 11(2), 273‑280. https://doi.org/10.1016/0145-2134(87)90067-6
  2. Webermann, A. R., & Brand, B. L. (2017). Mental illness and violent behavior : the role of dissociation. Borderline Personality Disorder and Emotion Dysregulation, 4(1). https://doi.org/10.1186/s40479-017-0053-9
  3. Carlisle, A. (1991). Dissociation and Violent Criminal Behavior. Journal of Contemporary Criminal Justice, 7(4), 273‑285. https://doi.org/10.1177/104398629100700407
  4. Moskowitz, A. (2004). Dissociation and Violence. Trauma, Violence, & Abuse, 5(1), 21‑46. https://doi.org/10.1177/1524838003259321
  5. Ardino, V. (2012). Offending behaviour : the role of trauma and PTSD. European Journal of Psychotraumatology, 3(1), 18968. https://doi.org/10.3402/ejpt.v3i0.18968
  6. Dell, P. F., O’Neil, J. A., Dorahy, M., & Gold, S. (2015). Dissociation and the Dissociative Disorders. Routledge.
  7. International Society for the Study of Trauma and Dissociation. (2011). Guidelines for Treating Dissociative Identity Disorder in Adults, Third Revision. Journal of Trauma & Dissociation, 12(2), 115‑187.
    http://dx.doi.org/10.1080/15299732.2011.537247
  8. Myrick, A. C., Brand, B. L., & Putnam, F. W. (2013). For Better or Worse : The Role of Revictimization and Stress in the Course of Treatment for Dissociative Disorders. Journal of Trauma & Dissociation, 14(4), 375‑389. https://doi.org/10.1080/15299732.2012.736931

4. Le TDI n’est pas un vrai trouble, il est issu de l’imagination des patients ou provoqué par la suggestion du thérapeute.

Ces dernières années, la recherche a largement prouvé que cette idée était fausse[1].

Commençons par les études de Reinders et al. (2003, 2012), qui ont montré que les différentes identités alternantes des patients avec TDI ont bel et bien un accès à la mémoire qui leur est propre. Des schémas d’activation/désactivation de zones du cerveau liées à la mémoire, au sens de l’identité, aux émotions, à la reconnaissance des souvenirs, etc. ont été mis en évidence[2]. Ils permettent de confirmer le fait qu’une personne avec TDI possède bien plusieurs identités autobiographiques et que ce trouble ne peut pas être simulé de façon totalement convaincante[3].

D’autres études ont également montrée que le cerveau des gens ayant un TDI ont, en plus des caractéristiques propres au trouble de stress post-traumatique[4], des caractéristiques spécifiques qui, sur le long terme, pourrait permettre d’aider au diagnostic de façon fiable[5].

Enfin, il a été plusieurs fois relevé et démontré que les symptômes dissociatifs induits par des thérapeutes peu soigneux, chez des patients facilement influençables, ou les symptômes simulés, sont différents des symptômes dissociatifs réels[6,7]. Certains outils de diagnostic, comme le SCID-D, ont été prouvés être fiables pour faire la différence entre un TDI réel et un TDI simulé ou induit[8].

Références

  1. Piedfort-Marin, O., Rignol, G., & Tarquinio, C. (2021). Le trouble dissociatif de l’identité : les mythes à l’épreuve des recherches scientifiques. Annales Médico-psychologiques, revue psychiatrique, 179(4), 374‑385.
    https://doi.org/10.1016/j.amp.2021.02.026
  2. Reinders, A. A. T., Nijenhuis, E. R. S., Paans, A. M. J., Korf, J., Williemsen, A. T. M., & den Boer, J. A. (2003). One brain, two selves. NeuroImage, 20(4), 2119‑2125. https://doi.org/10.1016/j.neuroimage.2003.08.021
  3. Reinders, A. A. T., Willemsen, A. T. M., Vos, H. P. J., den Boer, J. A., & Nijenhuis, E. R. S. (2012). Fact or Factitious ? A Psychobiological Study of Authentic and Simulated Dissociative Identity States. PLoS ONE, 7(6), e39279. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0039279
  4. Vissia, E. M., Giesen, M. E., Chalavi, S., Nijenhuis, E. R. S., Draijer, N., Brand, B. L., & Reinders, A. A. T. S. (2016). Is it Trauma- or Fantasy-based ? Comparing dissociative identity disorder, post-traumatic stress disorder, simulators, and controls. Acta Psychiatrica Scandinavica, 134(2), 111‑128. https://doi.org/10.1111/acps.12590
  5. Reinders, A., Marquand, A., Schlumpf, Y., Chalavi, S., Vissia, E., Nijenhuis, E., Dazzan, P., Jäncke, L., & Veltman, D. J. (2019). Aiding the Diagnosis of Dissociative Identity Disorder : A Pattern Recognition Study of Brain Structural Biomarkers. Biological Psychiatry, 85(10), S23‑S24. https://doi.org/10.1016/j.biopsych.2019.03.070
  6. Iatrogenic and Sociocognitive Models of DID. (s. d.). did-research.org.
    Consulté le 17 mai 2021 sur https://did-research.org/controversy/iatrogenic.html
  7. Factitious and Malingered DID. (s. d.). did-research.org.
    Consulté le 17 mai 2021 sur https://did-research.org/controversy/malingering/pseudogenic
  8. International Society for the Study of Trauma and Dissociation. (2011). Guidelines for Treating Dissociative Identity Disorder in Adults, Third Revision. Journal of Trauma & Dissociation, 12(2), 115‑187.
    http://dx.doi.org/10.1080/15299732.2011.537247

5. Les identités de quelqu’un avec un TDI sont justes différentes versions de lui, à des âges différents. Ce sont des amis imaginaires ou des noms donnés à des émotions.

Comme montré dans les études de Reinders et ses collègues [1,2], les identités alternantes d’une personne avec TDI ont chacune un accès particulier à la mémoire et, de fait, une identité autobiographique propre. Cela signifie qu’il est possible que chaque identité ait des caractéristiques liées à sa vision d’elle-même (âge, genre, apparence, etc.) et à sa personnalité qui soient propres à chacune[3]. De fait, ce ne sont pas des amis imaginaires ou de simples personnifications d’émotions.

Néanmoins, la complexité d’une identité dépend de plusieurs facteurs et il est possible que, chez certaines personnes, le sens de l’identité soit moins dissocié que chez d’autres. Lorsqu’il n’est pas suffisamment divisé et différencié pour pouvoir diagnostiquer un TDI, on peut alors considérer l’idée d’un ATDS[4].

L’un des sous-types de l’ATDS décrit justement la situation où les identités d’une personne sont peu différenciées, mais génèrent toujours de l’amnésie. Dans certains cas, cela peut signifier que les identités de cette personne sont « elle à des âges différents », car chacune contient des souvenirs spécifiques à une période donnée de la vie de la personne, auxquels les autres n’ont pas accès. Ce n’est cependant pas systématique et ne concerne que l’ATDS, pas le TDI.

Pour plus de précisions sur l’ATDS, voir : « Troubles dissociatifs : ATDS et TDNS » ainsi que   « Comparaison entre le TDI et l’ATDS »

Le cas où l’on retrouve des états peu intégrés représentant des états émotionnelles ou dérivés d’amis imaginaires ne se retrouvent généralement que chez les personnes ayant un trouble de la personnalité borderline ou un autre trouble de la personnalité[5].

Références

  1. Reinders, A. (2003). One brain, two selves. NeuroImage, 20(4), 2119‑2125. https://doi.org/10.1016/j.neuroimage.2003.08.021
  2. Reinders, A. A. T., Willemsen, A. T. M., Vos, H. P. J., den Boer, J. A., & Nijenhuis, E. R. S. (2012). Fact or Factitious ? A Psychobiological Study of Authentic and Simulated Dissociative Identity States. PLoS ONE, 7(6), e39279. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0039279
  3. International Society for the Study of Trauma and Dissociation. (2011). Guidelines for Treating Dissociative Identity Disorder in Adults, Third Revision. Journal of Trauma & Dissociation, 12(2), 115‑187.
    http://dx.doi.org/10.1080/15299732.2011.537247
  4. American Psychiatric Association. (2013). Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, 5th Edition : DSM-5 (5e éd.). American Psychiatric Publishing.
  5. Pietkiewicz, I. J., Bańbura-Nowak, A., Tomalski, R., & Boon, S. (2021). Revisiting False-Positive and Imitated Dissociative Identity Disorder. Frontiers in Psychology, 12.
    https://doi.org/10.3389/fpsyg.2021.637929

6. Si vous avez un TDI, vous ne pouvez pas en être conscient, vous ne pouvez pas savoir que vos autres identités existent, ni ce qu’elles ont fait.

Ce mythe a deux bases réelles : la première, celle de l’amnésie inter-identité qui arrive souvent dans le TDI ; la seconde, celle de « l’hôte » créée pour ignorer tout ce qui se produit.

Néanmoins, la conscience ou non du trouble n’est pas un phénomène de « tout ou rien ». C’est un spectre à appliquer au cas-par-cas pour chacune des identités d’une personne et il est rare que toutes se situent du côté d’une pleine et totale ignorance. De plus, l’un des buts de la thérapie est de permettre une meilleure communication entre les identités, donc de savoir qu’elles existent et ce qu’elles font.

Dans le cas où une identité (ce n’est pas forcément toujours « l’hôte ») ignore l’existence des autres, c’est souvent à cause de mécanismes entretenant son déni : évitement, amnésie, refus (conscient ou non) de la réalisation, etc. Il est cependant peu commun que ces mécanismes soient totalement efficaces.

En général, l’identité va pouvoir remarquer certains indices ou même communiquer avec une partie des autres identités, mais leur attribuer des explications différentes du TDI : fatigue, mauvaise mémoire, amis imaginaires, hypersensibilité et instabilité émotionnelle, etc. Certaines pourraient même considérer ces manifestations comme banales et ne pas se poser de question, ne pas chercher à les expliquer.

Cela dit, ce n’est pas parce qu’une identité est dans le déni qu’elle le restera toute sa vie. La thérapie, tout d’abord, a pour but de le surmonter. Ensuite, certaines de ces identités dans le déni peuvent voir ce dernier voler en éclat si le contexte change et que les besoins de la personne l’exigent.

Il faut également comprendre que ce n’est pas parce qu’une identité ignore l’existence des autres que toutes les identités sont dans le même cas. Il est possible qu’une bonne partie des autres sachent parfaitement ce qui se passe. De plus, toutes les personnes avec TDI n’ont pas forcément un « hôte » fait pour tout ignorer.

Il est commun que les identités, même « l’hôte », soient vaguement conscientes de ce qui se passe et de l’existence les unes des autres, même si elles ne comprennent pas forcément ce qui leur arrive, même si elles n’ont pas forcément accès à tout le système, et ce bien avant le début d’une thérapie.

Références

  • Boon, S., Steele, K., Hart, V. O. (2017). Gérer la dissociation d’origine traumatique : Exercices pratiques pour patients et thérapeutes (2017) (Carrefour des psychothérapies) (French Edition) (2e éd.). DE BOECK SUP.
  • Chase, T. (1990). When Rabbit Howls (Reissue éd.). Berkley.
  • International Society for the Study of Trauma and Dissociation. (2011). Guidelines for Treating Dissociative Identity Disorder in Adults, Third Revision. Journal of Trauma & Dissociation, 12(2), 115‑187.
    http://dx.doi.org/10.1080/15299732.2011.537247
  • Nijenhuis, E. R. S., Steele, K., Hart, V. O. (2017). Le soi hanté (Carrefour des psychothérapies) (2e éd., p. 108). DE BOECK SUP.

7. Les changements d’identités sont extrêmes, facilement visibles, ont pour conséquences des changements d’apparences et de manières très nets.

Les modifications les plus souvent remarquables sont des différences au niveau du langage corporel et de la voix. Or, ce sont des différences qu’il est facile de dissimuler. Et, effectivement, il est estimé que 14% des personnes ayant un TDI ont des symptômes visibles qu’elles masquent, sur un total de 20% ayant des symptômes remarquables. Ce qui ne laisse que 6% du total des personnes ayant un TDI qui ont des symptômes visibles et qui ne sont pas capables de les masquer[1].

La plupart des gens avec TDI n’ont pas souvent de changements « complets » d’identités, accompagnés de blackout. Il est plus commun que les personnes ayant un TDI ou un ATDS vivent de l’influence passive, des changements partiels (co-présence) ou des changements sans perte de conscience (co-conscience), qui sont subtils et peu remarquables[2,3,4].

Les changements d’apparence et d’attitude extrêmes dépeints dans les médias peuvent exister, mais ils sont rares et peu représentatifs du vécu de la majorité des gens ayant un TDI. En général, les influences et les changements ne sont pas visibles pour des observateurs extérieurs ou tellement peu marqués que l’entourage ne pensera pas à un TDI, mais à la fatigue ou à une envie de tester de nouvelles choses. Il est même possible que ces différences entre les identités soient difficilement perceptibles même pour les thérapeutes lors de l’entretien diagnostic[4], demandant une grande rigueur dans la façon de les exécuter.

Références

  1. Dell, P. F., O’Neil, J. A., Dorahy, M., & Gold, S. (2015). Dissociation and the Dissociative Disorders. Routledge.
  2. Boon, S., Steele, K., Hart, V. O. (2017). Gérer la dissociation d’origine traumatique : Exercices pratiques pour patients et thérapeutes (2017) (Carrefour des psychothérapies) (French Edition) (2e éd.). DE BOECK SUP.
  3. Nijenhuis, E. R. S.,, Steele, K., Hart, V. O. (2017). Le soi hanté (Carrefour des psychothérapies). DE BOECK SUP.
  4. Loewenstein, R. J. (2018). Dissociation debates : everything you know is wrong. Controversies in Psychiatry, 20(3), 229‑242.
    https://doi.org/10.31887/dcns.2018.20.3/rloewenstein

8. C’est la présence des plusieurs « personnalités » qui cause tous les problèmes de la personne avec TDI.

Le Trouble Dissociatif de l’Identité n’est pas qu’un trouble de l’identité. Il est avant tout un trouble dissociatif[1]. On considère aussi que, comme il est la conséquence de traumatismes durant l’enfant, il est généralement comorbide avec un trouble de l’attachement[2,3] et présente de nombreux symptômes d’état de stress post-traumatique[4,5]. La dépression et les troubles de l’humeur, ainsi que le trouble obsessionnel-compulsif[4] sont aussi des comorbidités communes au TDI.

La présence de plusieurs identités n’est donc pas systématiquement ce qui perturbe le plus la vie des personnes ayant un TDI. Les épisodes dissociatifs, l’amnésie ou la micro-amnésie déclenchées par le stress, les phases dépressives, l’intensité des symptômes post-traumatiques comme les flashbacks, les crises d’angoisse, etc. sont également des sources de souffrance pour la personne.

Dans le cas des personnes avec TDI ayant un bon niveau de coopération et de communication entre les identités, le fait d’être plusieurs peut même ne poser quasiment aucun problème. Bien au contraire, chaque identité pouvant être impactée différemment par les comorbidités, il est possible qu’elles aident à les gérer et permettent à la personne dans son ensemble d’être fonctionnelle.

Références

  1. American Psychiatric Association. (2013). Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, 5th Edition : DSM-5 (5e éd.). American Psychiatric Publishing.
  2. Barach, P. M. M. (1991). Multiple Personality Disorder as an Attachment Disorder. Dissociation, 4, 117-123.
  3. Lyons-Ruth, K., Dutra, L., Schuder, M. R., & Bianchi, I. (2006). From Infant Attachment Disorganization to Adult Dissociation : Relational Adaptations or Traumatic Experiences ? Psychiatric Clinics of North America, 29(1), 63‑86. https://doi.org/10.1016/j.psc.2005.10.011
  4. International Society for the Study of Trauma and Dissociation. (2011). Guidelines for Treating Dissociative Identity Disorder in Adults, Third Revision. Journal of Trauma & Dissociation, 12(2), 115‑187.
    http://dx.doi.org/10.1080/15299732.2011.537247
  5. Boon, S., Steele, K., Hart, V. O. (2017). Gérer la dissociation d’origine traumatique : Exercices pratiques pour patients et thérapeutes (2017) (Carrefour des psychothérapies) (French Edition) (2e éd.). DE BOECK SUP.

9. Avoir un TDI, c’est avoir un esprit brisé en mille morceaux suite aux traumatismes vécus.

Cette idée provient de la métaphore du vase brisé. Néanmoins, la plupart des théories développées et communément acceptées expliquant le développement du TDI partent toute du même constat : le TDI provient d’un manque d’intégration[1,2,3] dans le fonctionnement cérébral et psychique, il n’est pas question d’un esprit brisé.

Les théories décrivant les identités alternantes comme des « parts » partent du postulat que tous les enfants ont des « états » naturellement peu intégrés. Ces états sont des facettes de la personnalité de l’enfant, qui lui permettent de s’adapter aux différentes situations et, à la naissance, lui permettent surtout d’exprimer ses besoins. Alors qu’il grandit, ces facettes vont s’intégrer, former des liens entre elles et gagner en complexité et en cohérence. Le trauma et la dissociation interrompent cette intégration. Au lieu de se lier, les différents états vont continuer de se développer chacun de leur côté, donnant à terme les différentes identités alternantes.

Il n’y a rien de brisé ou de cassé. Seulement un manque d’intégration, qui peut être résolu en travaillant sur les traumatismes et la coopération.

Références

  1. International Society for the Study of Trauma and Dissociation. (2011). Guidelines for Treating Dissociative Identity Disorder in Adults, Third Revision. Journal of Trauma & Dissociation, 12(2), 115‑187.
    http://dx.doi.org/10.1080/15299732.2011.537247
  2. Boon, S., Steele, K., Hart, V. O. (2017). Gérer la dissociation d’origine traumatique : Exercices pratiques pour patients et thérapeutes (2017) (Carrefour des psychothérapies) (French Edition) (2e éd.). DE BOECK SUP.
  3. Nijenhuis, E. R. S.,, Steele, K., Hart, V. O. (2017). Le soi hanté (Carrefour des psychothérapies). DE BOECK SUP.

10. On ne peut développer un TDI que suite à des maltraitances horribles vécues durant l’enfance.

La base des troubles dissociatifs, c’est un attachement désorganisé[1,2]. Il a été montré dans plusieurs études que lorsqu’un enfant construit son attachement sur un mode désorganisé, il a de grandes chances de développer des symptômes dissociatifs légers à moyens à l’âge adulte, et ce même en l’absence de stress ou de trauma supplémentaire[1]. Les situations, parfois anodines en apparence, qui mènent à l’attachement désorganisé sont ainsi qualifiées de « trauma dissimulé » par les auteurs.

En considérant des comorbidités comme le trouble du spectre autistique, des troubles de l’humeur, etc. il est possible qu’une personne développe un TDI sans avoir vécu de violences « actives » particulièrement horribles au sens où le public l’entend en général.

Il est à noter également que des traumatismes dans le domaine médical, lorsque l’enfant doit subir des interventions lourdes et/ou effrayantes, lorsqu’il est séparé de façon répétée de ses parents (voir « hospitalisme »)[1,2,3] ou encore de la négligence[1,2,3] peuvent mener au développement d’un TDI.

Références

  1. Lyons-Ruth, K., Dutra, L., Schuder, M. R., & Bianchi, I. (2006). From Infant Attachment Disorganization to Adult Dissociation : Relational Adaptations or Traumatic Experiences ? Psychiatric Clinics of North America, 29(1), 63‑86. https://doi.org/10.1016/j.psc.2005.10.011 [traduction]
  2. Barach, P. M. M. (1991). Multiple Personality Disorder as an Attachment Disorder. Dissociation, 4, 117-123. [traduction]
  3. International Society for the Study of Trauma and Dissociation. (2011). Guidelines for Treating Dissociative Identity Disorder in Adults, Third Revision. Journal of Trauma & Dissociation, 12(2), 115‑187.
    http://dx.doi.org/10.1080/15299732.2011.537247

11. Il est impossible de vivre une vie normale en ayant un TDI.

De façon générale, on distingue plusieurs catégories de patients[1].

La première est constituée des patients ayant un TDI ou un ATDS qui ont énormément de ressources sur le plan mental, social, professionnel, etc. Cela leur permet d’avoir naturellement une certaine coopération et une certaine empathie de présentes entre leurs identités. Leurs comorbidités sont peu nombreuses et leur prise en charge est simple. Ils ont peu de tendance à des comportements auto-agressifs. Ces patients sont parfaitement capables de vivre une vie normale.

Dans la seconde catégories, les difficultés découlant des traumatismes sont beaucoup plus présentes, avec une coopération entre les identités plus compliquée à atteindre sans aide. Il est également probable qu’ils aient des troubles comorbides plus profonds : troubles de la personnalité, troubles du comportement alimentaire, toxicomanie, etc. Il est également possible de retrouver chez ces patients des neuroatypies, comme le trouble du spectre de l’autisme ou le trouble du déficit de l’attention ; ou encore des problèmes physiques ayant un impact important, comme des douleurs chroniques. Ces personnes arrivent en général à maintenir une vie à peu près normale, mais au prix de gros efforts, et certains d’entre-eux pourraient, lors d’évènements difficiles, nécessiter des soins en psychiatrie.

La dernière catégorie présente beaucoup de blocages et de phobies issues des traumatismes, ainsi qu’un énorme manque de coopération entre leurs identités. Ces dernières ont des comportements agressifs tant envers le monde extérieur que le monde intérieur. Les comorbidités graves comme des troubles psychotiques ou des troubles de la personnalité sévères sont fréquents. Ces patients ont d’énormes difficultés à vivre une vie normale, voire en sont incapables.

Nous avons aussi récolté quelques témoignages à ce sujet, du côté français mais aussi du côté anglais, sur différents réseaux sociaux. Parmi ceux qui ont répondu en détails, les personnes qui déclarent avoir du mal à vivre une vie en apparence normale ont, en très grande majorité, des comorbidités de troubles mentaux ou physiques en plus de leur TDI.

La majorité de ces personnes considèrent que ce sont leurs comorbidités qui les handicapent le plus et que les symptômes qui accompagnent le TDI, notamment ceux de TSPT, ne font que leur rajouter de la fatigue. Une partie de ces personnes estime que le TDI et la dissociation les aident à gérer et supporter ces comorbidités. Ce constat revient particulièrement chez les personnes ayant un trouble du spectre de l’autisme en plus de leur TDI, la dissociation les aidant à masquer certains de leurs symptômes, comme leurs hypersensibilités.

Il est donc parfaitement possible de faire partie de la première ou de la seconde catégorie et de vivre quasiment la même vie que quelqu’un qui n’a pas de TDI.

Néanmoins, il ne faut pas négliger la troisième catégorie, ni les gens qui font partie de la deuxième et qui ont effectivement beaucoup de mal à gérer leurs symptômes et leurs identités. Leur souffrance et leur lutte pour mener une vie la plus normale possible sont réelles.

En conclusion, le TDI est un trouble menant à un vaste panel de symptômes, qui s’imbrique souvent avec différentes comorbidités et il n’est pas possible d’en tirer un seul « profil type ». Il y a autant de façon de vivre son TDI que de personne ayant un TDI.

Références

  1. Nijenhuis, E. R. S.,, Steele, K., Hart, V. O. (2017). Le soi hanté (Carrefour des psychothérapies). DE BOECK SUP.

Partie 2 (à venir)

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