Comparaison entre le TDI et l’ATDS

Source :DID-research.org – DID versus OSDD-1

L’Autre Trouble Dissociatif Spécifié (ATDS) est un trouble dissociatif qui sert de catégorie fourre-tout pour les groupements de symptômes qui ne peuvent rentrer dans un autre diagnostic de trouble dissociatif. Avant le DSM-V, ce diagnostic était connu sous le nom de Trouble Dissociatif Autrement Non-Spécifié (Dissociative Disorder Not Otherwise Specified, DDNOS). L’ATDS et le DDNOS contiennent tous deux des exemples de groupements de symptômes spécifiques qui peuvent être retrouvés dans ce diagnostic. Ces exemples étaient, et sont toujours, utilisés comme sous-types de ce trouble.

L’ATDS-1 est le sous-type le plus similaire au Trouble Dissociatif de l’Identité (TDI). Il est utilisé pour les individus qui ont des symptômes semblables à ceux du TDI, mais qui ne remplissent pas totalement les critères pour ce diagnostic. De façon commune, cela décrit des individus qui ont des parts dissociatives qui ne sont pas assez différenciées pour pouvoir être qualifiées d’alters (souvent référé sous le nom d’ATDS-1a, [OSDD-1a]), ou qui n’ont pas d’amnésie entre leurs alters (ATDS-1b, [OSDD-1b]).
Certains individus avec ATDS-1 peuvent ne pas avoir de parts distinctes, mais aussi ne pas avoir d’amnésie ; d’autres pourront avoir des parts très distinctes, mais n’avoir que peu, voire aucune, alternance entre elles. Ces cas sont souvent eux aussi groupé sous le nom d’ATDS-1b.

ATDS-1a

L’ATDS-1a est unique, mais difficile à diagnostiquer, car il n’existe aucune limite claire permettant de déterminer si une part de la personnalité démontre suffisamment de « discontinuité dans le sens de soi et l’autonomie » pour permettre d’écarter un diagnostic de TDI. Une règle tacite est de considérer que, s’il y a de l’amnésie inter-identité et au moins deux parts ayant un sens d’elles-mêmes indépendant, on diagnostiquera un TDI. Les indications permettant de déterminer que les parts ont un sens d’elles-mêmes indépendant peuvent être : avoir leur propre nom, genre, préférences sexuelles, traits de caractère, ou bien avoir des discussions ou des relations entre elles.

Pour les individus avec ATDS-1a, les parts dissociatives sont plus susceptibles de se présenter sous la forme de copies de l’individu à des âges différents, dans des états différents, ou en tant que différentes versions du même individu. La personne peut garder le même nom, peu importe quelle part est présente, et chaque part peut se considérer comme était la part principale. Cependant, elles peuvent tout de même avoir différentes capacités, différentes manières de réagir au niveau émotionnel, différentes façons d’interagir avec le monde. De plus, comme ces parts n’ont pas forcément conscience de la présence des autres et de ce qu’elles font, elles peuvent facilement se contre-dire.

Par exemple, une personne avec ATDS-1a peut avoir une part d’elle-même liée au travail, une liée à la famille, une ayant 5 ans et une part en colère, ainsi que d’autres parts détenant les souvenirs traumatiques. La part liée au travail peut considérer que ledit travail doit toujours passer en premier, tandis que celle liée à la famille donnera la priorité à cette dernière, et ces deux parts pourront devenir agitées et confuses lorsque l’on pointera l’inconstance de leur comportement et de leurs croyances.

ATDS-1a et les autres troubles

De l’autre côté du spectre, c’est la présence d’au moins deux parts contenant plus que les réactions post-traumatiques, les besoins d’attachement ou les émotions qui différencie l’ATDS-1a du trouble de la personnalité borderline (TPB), du trouble de stress post-traumatique (TSPT) et du trouble de stress post-traumatique complexe (TSPT-C). Les individus avec ces troubles peuvent avoir de l’amnésie dissociative lorsqu’ils subissent un stress extrême ou lors d’un rappel de leur traumatisme. Cela laisse l’ATDS-1a dans une zone de flou importante. Une personne pourrait être diagnostiquée comme ayant un TDI, un ATDS-1 ou un TSPT-C selon le clinicien posant le diagnostic et la façon dont s’expriment ses symptômes sur le moment. Cependant, les individus avec ATDS-1 ont en général au moins une part qui est plus différenciée, séparée et autonome que les parts présentes dans le TPB, TSPT et TSPT-C. Les individus ayant ces derniers peuvent être très confus au sujet de leur identité et parfois se sentir perdre le contrôle, mais ils n’ont pas la sensation d’avoir des parts différentes capables d’indépendance, ou pouvant avoir et exprimer des points de vue et des buts différents.

ATDS-1b

Cela dit, l’ATDS-1a n’est pas la seule version possible de l’ATDS-1. Beaucoup de personnes avec un ATDS-1 n’ont pas d’amnésie inter-identité, mais peuvent avoir des parts plus développées. Dans certains cas, les parts présentent dans l’ATDS-1 peuvent être très distinctes et avoir un sens d’elles-mêmes très fort et indépendant. Ce qui différencie ces individus de ceux ayant un TDI est qu’ils n’ont pas de perte de mémoire, ni de temps. Ils peuvent ou non avoir de l’amnésie dissociative au sujet de certains aspects de leur histoire traumatique, et peuvent occasionnellement avoir des épisodes amnésiques suite à un stress intense ou un rappel de leur trauma. Toutefois, leur mémoire n’est pas divisée entre leurs parts au cours de leur vie quotidienne normale. Une personne avec ATDS-1b peut avoir une mémoire subjectivement continue ; les différents alters n’auront pas de versions différentes de leur vie quotidienne, parce que toutes les informations importantes seront accessibles à chacun.

ATDS et TDI

Avant que le diagnostic du TDI soit étendu dans le DSM-V, beaucoup de personnes ne rentrant pas dans les critères de diagnostic du TDI se voyaient diagnostiquer un DDNOS-1. En fait, beaucoup de professionnels pensent que la majorité des cas de DDNOS étaient des cas mal diagnostiqués de TDI ! Cela est en partie dû au fait que le professionnel devait avoir été témoin d’un switch et identifier clairement un épisode d’amnésie pour pouvoir diagnostiquer quelqu’un avec un TDI.

De nos jours, une personne peut rapporter elle-même les switchs entre ses alters, et plus d’efforts sont faits pour identifier les cas où la personne est amnésique à propos de sa propre amnésie, et est capable de savoir qu’elle a oublié certaines activités seulement parce qu’elle trouve des preuves de ces activités, ou qu’une autre personne leur en a parlé. Toutefois, beaucoup de cas continuent de se glisser entre les mailles. Le plus gros problème actuel dans la différenciation de l’ATDS et du TDI est que les deux sont caractérisés par l’influence passive et des intrusions dissociatives partielles plutôt que par des switchs facilement observables entre les parts, mais ce dernier est ce sur quoi le DSM-V met l’accent concernant le TDI. De fait, certains chercheurs ont créé leurs propres critères.

Dans « Dissociation and the Dissociative Disorders », Dell décrit trois types possibles d’ATDS-1, basé sur les trois groupes de symptômes du MID. Ces trois groupes sont :

  • A) les symptômes dissociatifs généraux, définis comme étant des problèmes de mémoire, la dépersonnalisation, la déréalisation, les flashbacks post-traumatiques, les symptômes somatoformes et les états de transe ;
  • B) les intrusions dissociatives partielles, décris comme étant des interactions internes et des chevauchements entre les états dissociatifs, qui peuvent se manifester par l’influence passive, le fait d’entendre les voix des alters, l’altération du sens de soi ;
  • C) les intrusions dissociatives complètes, des switchs entre les parts dissociées du soi, accompagnés par de l’amnésie.

Les personnes avec TDI sont supposées présenter des critères dans les trois groupes de symptômes, tandis que les individus avec ATDS-1 doivent n’avoir que deux des trois groupes. Dans ce cas de figure, l’association entre les groupes A et B est la plus commune, menant Dell à conceptualiser l’ATDS-1 comme une forme de TDI partielle, ou un Trouble Dissociatif Complexe pour lequel la personne ne vit aucun switch complet entre ses parts dissociatives.

De façon générale, les personnes avec TDI ont un score plus élevé lorsque l’on mesure la dépersonnalisation, la déréalisation, l’amnésie dissociative, la confusion d’identité, l’altération de l’identité et la somatisation, comparé aux individus avec un ATDS-1 lorsqu’ils passent le SCID-D ou le MID. Si la dissociation peut impacter la vie quotidienne et la mémoire des individus avec ATDS-1, c’est un domaine dans lequel ils s’en sortent, en général, mieux que les gens avec TDI. Même pour les personnes avec ATDS-1 qui ont des changements de personnalité, ces changements sont moins susceptibles d’être spontanés. Dell a suggéré que les individus avec ATDS-1 auraient également moins de comorbidités dans le champ de la santé mentale. Au regard de ce que la théorie de la dissociation structurelle exprime, il est considéré que les individus avec TDI sont plus susceptibles d’avoir plusieurs Parts Apparemment Normales (PAN) et plusieurs Parts Emotionnelles (PE) ; tandis que les individus avec ATDS-1 seraient plus susceptibles d’avoir une seule PAN et plusieurs PE. L’amnésie inter-identité et la complexité accrue des alters dans le TDI est généralement attribué à la présence de plusieurs PAN.

De façon contre-intuitive, la dissociation accrue et la présence de plusieurs PAN associées au TDI peut conduire beaucoup d’individus avec TDI a être plus fonctionnels au quotidien que la majorité d’individus avec ATDS-1. Cela est dû au fait que les PANs sont dédiées à la gestion de la vie « normale », sont hautement phobiques et évitent au maximum tout ce qui est lié de près ou de loin aux PEs contenant les traumas. La dissociation intense et constante des PANs aide à cela.

Les personnes avec ATDS-1b peuvent avoir plus de difficultés à échapper aux connaissances liées aux traumas et aux réactions internes qui en découlent. Cependant, leur capacité à travailler avec leurs parts leur donne un avantage dans le retraitement des traumas et dans leur guérison. D’un autre côté, les gens avec ATDS-1b peuvent être soumis à un fort doute, ainsi qu’à de la honte concernant leurs parts, le sentiment de « c’est-moi-sans-être-moi », et les actions associées pour lesquelles ils sont conscients, mais n’ont aucun contrôle.

De plus, les individus avec ATDS-1a et ATDS-1b peuvent avoir des parts moins définies, ont plus de mal à accepter qu’ils ont des parts séparées de façon significatives car ils ont l’impression d’être la même personne, et peuvent avoir des difficultés à construire une bonne communication interne et de la coopération.

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