Les Fragments dans le TDI et l’ATDS

Les fragments sont un type d’alter défini, mais il est souvent compliqué de comprendre ce qui les caractérise. On peut vite tomber dans la facilité en opposant le terme « fragment » au terme « alter », et en définissant ces premiers comme étant « moins » que les seconds : moins développés, moins en capacité de survivre seuls, moins en capacité de s’adapter aux situations…

Cette idée repose sur une base réelle : un fragment a souvent été très peu exposé à la vie extérieure et est donc techniquement moins complexe qu’un alter qui aura pu vivre des expériences plus nombreuses et variées. Mais la définition d’un fragment varie grandement d’un système à l’autre.  Le terme de « fragment » est même souvent  synonyme de « part » au sens de la dissociation structurelle secondaire (voir explications plus loin).

Pour les caractériser vraiment, il est préférable de voir la complexité et le développement d’un alter TDI sur un spectre : la démarcation entre une part au sens de dissociation structurelle primaire ou secondaire, un fragment et un autre alter pleinement développé et complexe est, au final, subjective et dépend beaucoup des caractéristiques de la part en question.

Définition

Les fragments peuvent avoir un rôle très spécialisé, détenir un souvenir très spécifique, avoir une capacité d’expression émotionnelle ne concernant qu’une émotion ou qu’un type d’émotions, ou encore ne représenter une seule idée, n’être capable que d’une seule action. Cependant, tous les fragments ne sont pas sous-développés. Certains sont capables d’émotions et de raisonnement complexes, mais auront une histoire très succincte, des souvenirs très limités.

Pour certains, les fragments les moins développés peuvent être comparés (en termes de niveau de développement) aux « parts émotionnelles » de troubles comme le trouble de stress post-traumatique (dissociation structurelle primaire), ou le trouble de stress post-traumatique complexe et le trouble de la personnalité borderline (dissociation structurelle secondaire). Dans ce cas, ces fragments sont simplement des contenants de matériel traumatique, sans réelle conscience propre, ni sens d’eux-mêmes suffisamment séparé du reste.

Dans le TDI et l’ATDS, il est possible qu’un groupe de fragments partagent un certain sens de l’identité qui leur permet de composer un autre alter (TDI), voire, d’une certaine façon, la personne entière (ATDS).

Les identités composées par ces parts pourront dire « cette part, c’est moi ; celle-là, c’est moi aussi, mais pas vraiment », car leur sens de l’identité sera plus faible à cause de la dépersonnalisation et ils n’auront pas forcément accès aux souvenirs et/ou émotions contenues par leurs parts si elles ne sont pas activées. Au sein d’une même identité, certaines parts peuvent être phobiques des autres parts. Dans le TDI, et plus rarement dans l’ATDS, il est possible que certaines de ces parts ne soit pas dédiées uniquement au matériel traumatique, mais aient été crées pour être des contenants de comportements ou situations précises du quotidien normal.

Les fragments synonymes de « parts » qui ne sont pas déjà la part d’un alter, et les fragments peu développés mais ayant un certains sens d’eux-mêmes sembleraient être capables de fusionner plus facilement que les autres types d’alters. Néanmoins, ce point n’est pas une règle absolue, les fragments détenant des souvenirs traumatiques pouvant faire partie des derniers alters à arriver à être en capacité de fusionner dans un système.

Exemples

Des alters qui peuvent être définis comme des fragments seraient :

Un alter qui ne détient qu’un seul souvenir, celui d’un acte violent qui n’est arrivé qu’une seule fois, et n’a pas d’autre souvenir. En revanche, il est capable de raisonnements complexes et il est conscient de la réalité actuelle.

Un alter qui a une histoire personnelle complexe, mais qui n’est capable de ne ressentir qu’une seule émotion, ou qu’un nombre très limité d’émotions, et qui n’est que très peu capable de rester ancré dans le présent.

Un alter qui prend la fuite dès qu’il est au contrôle. C’est son seul rôle, son seul but, la seule chose qu’il sait faire. Il n’est pas réellement conscient de son environnement lorsqu’il est au contrôle.

Un alter qui a pour rôle de ne récolter que les émotions d’un certain type de violences. Il ne connaît pas d’autres émotions et ne garde pas de souvenirs précis de ce qui lui arrive.

Un alter qui a pour rôle d’être uniquement « l’enfant », ou « l’adolescent », avec peu de capacités de réaction et un panel d’émotions réduit.

Un alter qui a pour rôle de détenir uniquement un besoin psychologique, comme un besoin d’attachement à l’autre. Il ne s’exprimera que dans son désir de se lier à l’autre.

Un alter qui a pour rôle de détenir uniquement un besoin physique, comme la faim. Il pourra ne s’exprimer qu’à travers son envie de manger.

Un alter qui a pour rôle uniquement de faire le ménage ou la cuisine.

Controverse autour du terme

Certaines personnes refusent d’utiliser le terme « fragment », parce qu’elles le trouvent péjoratif ou inadapté. Premièrement, pour une partie des gens avec TDI, le terme de « fragment » ne concerne que les parts ayant leur propre sens d’elles-mêmes, quand bien même il est flou ou peu défini, et s’oppose au terme de « part » au sens de la dissociation structurelle primaire et secondaire. Le refus de certains d’utiliser le terme « fragment » vient donc du fait que ces derniers ont leur propre conscience et ne se considèrent pas forcément être « moins » que les autres alters (moins dissociés, moins individualisés…). Ils peuvent avoir des préférences et des avis qui leur sont propres, même s’ils n’en ont pas toujours conscience, car il est possible qu’ils n’aient jamais eu l’occasion de s’exprimer à ce sujet. Chez certains, cette idée d’être « moins » peut être une véritable source d’angoisse, comme s’ils étaient moins légitimes, moins réels que les autres alters – ce qui est évidemment faux.

Enfin, avec le temps, la résolution de leurs traumas et le vécu d’expériences positives et variées, certains alters qualifiés de « fragments » peuvent se complexifier et se développer autant que les autres alters. Certains refusent donc d’utiliser le terme « fragment » pour éviter d’enfermer ces alters dans une case dont ils pourraient avoir du mal à sortir ensuite.

Néanmoins, pour le cas des fragments synonymes de « parts » au sens de la dissociation structurelle primaire et secondaire, la complexification est peu probable. Après le traitement de leurs traumas, il est plus commun qu’elles fusionnent entre elles ou avec d’autres alters. Ceci est particulièrement vrai dans le cas de l’ATDS.

Conclusion

Ce qui semble définir le plus souvent un fragment aux yeux des personnes avec TDI, c’est le fait qu’ils manquent juste assez de complexité pour ne pas pouvoir donner, pas même vaguement, l’impression du normal lorsqu’ils sont au contrôle, et/ou le fait d’avoir un sens d’eux-mêmes, de leur identité, faible ou flou et/ou le fait d’avoir un rôle très restreint et spécifique.

Néanmoins, comme tous les rôles et types d’alters que l’on peut décrire (protecteur, persécuteur, enfant, etc.), la qualification d’un alter en tant que fragment est quelque chose d’assez subjectif, de propre à chaque personne avec TDI. Il est donc important de se rappeler que le mot « fragment » ne signifie pas forcément la même chose pour tout le monde, il n’est pas forcément adapté à la description des expériences de tous le monde, et ce même si elles ont l’air semblables, et qu’une part non-négligeable des gens avec TDI ne souhaite pas utiliser ce terme, jugé péjoratif.

Enfin, les fragments ont un rôle tout aussi important que les autres alters. Le fait qu’ils détiennent des souvenirs, émotions, besoins, réactions, etc. aussi spécifiques est ce qui permet au reste de système de fonctionner. Prendre en compte les fragments dans la communication, la coopération et le plan de traitement est capital. Ils ne doivent pas être laissés derrière.

Bibliographie

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Consulté le 01 Janvier 2021 sur https://did-research.org/did/alters/functions

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Consulté le 01 Janvier 2021 sur http://traumadissociation.com/alters#list

Dissociative Identity Disorder Forum – Psych forums. (2002, 1 novembre). Psychology and Mental Health Forum.
Consulté le 01 Janvier 2021 sur https://www.psychforums.com/dissociative-identity/

Secondary Structural Dissociation. (2015, 13 Juin). did-research.org.
Consulté le 13 Janvier 2021 sur https://did-research.org/origin/structural_dissociation/secondary

Tertiary Structural Dissociation. (2015, 13 Juin). did-research.org.
Consulté le 13 Janvier 2021 sur https://did-research.org/origin/structural_dissociation/tertiary

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