L’attachement à l’agresseur

Source :discussingdissociation.com – attachment to the perpetrator

[ Trigger Warning : enlèvement, séquestration, violences sexuelles ]

J’ai vu un autre documentaire à la télé, sur Jaycee Lee Dugard, la jeune fille qui a été kidnappée à l’âge de 11 ans, est restée captive pendant 18 ans et a été retrouvée en vie, avec ses deux filles, le 26 Aout 2009. Au moment où le documentaire a été tourné, elle avait aux alentours de 40 ans.

Jaycee a passé 18 ans retenue captive dans le jardin d’un agresseur sexuel violent et reconnu, Philip Garrido. Garrido est le père des deux filles de Jaycee et il a été accusé de nombreux crimes.

Tandis que la majorité des gens étaient soulagés de voir Garrido être arrêté et mis en détention, Jaycee et ses filles ont eu des réactions émotionnelles différentes. La première fois qu’elle a été interrogée par les autorités, Jaycee a soutenu Garrido, a refusé d’admettre sa vraie identité et, quand il est devenu évident que les faits ne collaient pas à son histoire, elle a raconté être en train de se cacher d’un mari violent vivant dans un autre état – mari qu’elle a inventé. Elle a eu plusieurs occasions de dénoncer son agresseur, mais sa première réaction a été de le défendre. Ses deux filles ont pleuré lorsqu’elles ont appris que Garrido avait été arrêté.

Garrido a passé des années à torturer ces trois jeunes femmes, mais pourtant elles tenaient clairement à lui. Comment est-ce possible ?

Cette dynamique est appelée « Syndrome de Stockholm ». Ce terme désigne le fait qu’une victime va développer une forme d’attachement positif envers ses agresseurs, même s’ils sont violents. Plus la survie de la victime dépend de ses agresseurs, plus il est probable qu’elle développe cette forme d’attachement envers eux.

Le monde a été horrifié par cette histoire, mais elle n’est pas nouvelle. Ce scénario se répète chaque année, chaque jour, pour de nombreux enfants à travers le monde.

Beaucoup de survivants de traumatismes ont vécu une vie beaucoup trop semblable à celle que Jaycee a vécue avec Garrido. Durant l’enfance, beaucoup de survivants de traumatismes ont vécu – jours après jours, années après années – sous le contrôle sadique d’un agresseur sexuel. Ils ont subi des violences sexuelles répétées, certaines sont tombées enceintes, ont dû prendre une nouvelle identité, un nouveau nom, et on leur a enseigné des croyances religieuses étranges. Beaucoup de survivants ayant un TDI ont été enfermés dans des endroits malsains, dépendaient complètement de leurs agresseurs, et la réalité des violences qu’ils vivaient était cachée aux voisins. Même une fois adultes, il n’est pas rare que des survivants ayant un TDI soient encore contrôlés et impliqués dans des activités sexuelles par leur agresseurs.

La grande différence entre Jaycee et la plupart des survivants ayant un TDI est que ces survivants n’ont pas été kidnappés par un étranger. La plupart des gens ayant un TDI et qui ont vécu ce genre de violence vivaient avec leur famille.

Ces survivants ayant un TDI étaient élevés par leur père et leur mère. Ils n’avaient aucun espoir qu’un jour, quelqu’un viendrait les sauver et qu’ils seraient rendus à leur « vraie famille ». Ils étaient déjà avec leur vraie famille.

Dans ce contexte et afin de survivre, les enfants-victimes apprennent à s’adapter aux comportements sadiques des figures parentales violentes. En dépit de la maltraitance parfois extrême, ils apprennent à dépendre de leurs agresseurs. Tout, du simple fait de respirer, jusqu’au fait d’avoir des vêtements, de l’eau, un toit, d’être au chaud, de recevoir une éducation, des soins, etc. Tout était contrôlé et surveillé par ces agresseurs. Il n’y avait aucune possibilité d’avoir une vie privée. Aucune façon de s’échapper. Et même s’ils avaient réussi à s’échapper, ils ne connaissaient aucun endroit où se réfugier et se cacher.

Ces enfants-victimes savaient qu’ils étaient coincés. Ils savaient que leur vie et leurs besoins les plus basiques étaient livrés au bon vouloir de leurs agresseurs, de leurs humeurs. Ils ont appris que leur propre survie dépendait du fait de combler les besoins de leurs agresseurs, car ces agresseurs avaient le pouvoir de décider s’ils allaient vivre ou non. Pour survivre, ces enfants-victimes ont dû devenir loyaux à leurs agresseurs.

Les agresseurs créent volontairement ce genre de dépendance chez leurs victimes. Ils veulent qu’elles se sentent piégées et perdent espoir, qu’elles restent coincées avec eux. Ils ne veulent pas qu’elles pensent qu’il y a une façon de s’en sortir, ou qu’elles trouvent comment s’en sortir. Les agresseurs veulent tout contrôler, laissant à peine le choix de respirer à leurs victimes.

Et en gardant le secret comme il leur est demandé, les enfants-victimes apprennent aussi que la seule personne vers qui ils peuvent se tourner en cas de problème, c’est l’agresseur. Afin de pouvoir survivre, l’enfant va devoir suivre, plaire et dépendre de l’agresseur.

Dans ces situations violentes qui durent dans le temps, l’agresseur est tout autant celui qui prend soin que celui qui blesse. L’enfant va apprendre à aimer et haïr ce parent ; à se sentir coincé dans la violence et pourtant lié à lui pour survivre.

De fait, les enfants-victimes dépendent complètement de leurs agresseurs pour rester en vie. Qui d’autre leur donnerait à manger ? Qui d’autre leur achèterait leurs fournitures scolaires ? Qui d’autre leur achèterait des vêtements et leur donnerait un endroit où dormir ? Qui d’autre prendrait soin d’eux ?

Ces enfants n’ont personne d’autre vers qui se tourner et, par conséquent, forment plusieurs sortes d’attachement traumatique envers leurs agresseurs.

Comme la vie de l’enfant-victime dépend de son agresseur, il va devenir loyal à cet agresseur. Cette loyauté sera perçue positivement quand l’agresseur répondra à leurs besoins ; elle sera basée sur de la peur lorsque leur vie en dépendra.

Peut importe que le parent agresseur soit violent ou non, l’enfant dissocié est entraîné dans la relation et se sent émotionnellement lié à l’agresseur.

Les enfants-victimes peuvent se séparer de parts d’eux-mêmes qui vont contenir les violences de façon à ce qu’elles n’interfèrent pas avec leur amour et leur affection. C’est difficile de se préoccuper sincèrement de quelqu’un qui est violent avec vous et vous fait du mal, mais les enfants-victimes doivent souvent trouver un moyen de gérer cette situation. Ils peuvent se séparer de parts d’eux-mêmes dans le but de nier l’existence des violences et de ne pas s’en rappeler.

Après plusieurs années passées dans ce style de dynamique, les survivants perdent la capacité à faire la différence entre les agresseurs et les non-agresseurs.

Ils ont grandi en se sentant responsables du fait de devoir faire plaisir à leurs agresseurs, à apprendre à tolérer les violences, au lieu d’apprendre comment quitter cet environnement.

Ils ont grandi en croyant que s’attacher et se lier à quelqu’un de dangereux était nécessaire à leur propre survie.

L’attachement à l’agresseur crée de nombreux sujets de confusion dans les années qui suivent. C’est une étape importante sur le chemin de la guérison, qui nécessite d’être travaillée en thérapie.

Est-ce que vous aimez votre agresseur ? Est-ce que vous le haïssez ? Est-ce que vous le reconnaissez comme étant un agresseur ? Est-ce que vous avez l’impression d’être vous-même un agresseur ? Pouvez-vous distinguer qui est violent de qui ne l’est pas ? Pouvez-vous quitter votre agrreseur ? Pouvez-vous vous lier avec quelqu’un qui n’est pas violent ?

Même une fois adultes, beaucoup de survivants ayant un TDI ne peuvent toujours pas faire la différence entre les gens violents et ceux qui ne le sont pas. Ils continuent de se lier avec des agresseurs, encore et encore, sans être capables de reconnaître une personne saine lorsqu’ils en croisent une. Les survivants ayant un TDI peuvent parfois se sentir mieux dans le rôle de la victime, préférer les émotions familières d’une relation toxique, plutôt que l’inconnu étrange d’une relation équilibrée. Ou ils pourraient aussi penser que tout le monde se comporte comme un agresseur et ne plus être capables de faire la différence entre quelqu’un de sain et quelqu’un de violent.

Tous les survivants ayant un TDI se sont liés au moins une fois dans leur vie à un agresseur, et probablement plus d’une fois.

Pour pouvoir guérir, il est nécessaire de travailler cela en thérapie. Sinon, le survivant continuera de se sentir rassuré en présence d’un agresseur et ne saura jamais reconnaître une personne équilibrée. Ou il pourrait accuser une personne équilibrée d’être un agresseur.

Il y a beaucoup de combinaisons possibles, la plupart finissent par un désastre relationnel. Afin d’avoir une chance de développer des relations sociales satisfaisantes, les survivants de traumatismes doivent se pencher sur les liens qu’ils ont développé avec leurs agresseurs. L’équilibre de leurs futurs relations en dépend.

Je vous souhaite le meilleur pour votre guérison.

Chaleureusement,
Kathy.

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