Quand un agresseur décède

Source :discussingdissociation.com – When a perpetrator dies

Vous souvenez-vous du raz de marée qui a balayé les médias, il y a quelques années ? La mort de Michael Jackson a pris tout le monde par surprise. Est-ce que l’on se souviendra de lui comme du Roi de la Pop, ou est-ce que l’on se souviendra de lui comme du suspect principal dans des accusations d’agressions d’enfants ?

Chacun a sa position sur ce sujet, j’en suis sûre. Je ne peux imaginer les controverses qui ont dû remonter à la surface.

La mort d’une personne célèbre affecte tellement de gens… Les morts prématurées de ceux qui sont riches et célèbres créent une tempête sur la place publique qui va durer des mois, voire des années. Tout le monde en parle. Même Twitter a été submergé par la nouvelle. Tous ceux qui ont chanté et dansé sur ses chansons ont ressentis cette perte. Tous les chorégraphes ont eu une pointe de douleur et de tristesse. Il y a eu de nombreux livres, articles, posts à son sujet. Son visage a été sur les couvertures de magazines, dans le titre des journaux, dans tous les types de médias que nous pouvons avoir.

En un claquement de doigt, la nouvelle était en ligne, sur Twitter, les salons de chat, à la radio, à la télévision, sur les blogs – elle était partout ! Tout le monde en parlait, les uns demandaient aux autres s’ils en avaient entendu parler.

Même le décès de Farrah Fawcett, le même jour, a été éclipsée par la controverse autour de la mort de Michael Jackson. Des centaines et des centaines de personnes ont perçu les conséquences de la nouvelle. Elle a été un raz de marée sociétal.

Quand bien même elle n’est pas publique, ni aussi visible, la mort d’un agresseur peut secouer profondément la vie d’un survivant pour les jours, les mois et les années à venir. Pour les survivants de traumatismes ayant un trouble dissociatif de l’identité, toutes les parts du système intérieur ressentiront la nouvelle avec le même choc.

Parfois, les victimes de violences se sentent plus en sécurité pour parler de leurs traumatismes une fois que leur agresseur est mort. Je ne sais pas si cela s’applique aux enfants qui sont concernés par l’affaire autour de Michael Jackson, mais c’est assez commun chez les survivants de violences sexuelles.

Quand les survivants se sentent intimidés, effrayés ou menacés par leurs agresseurs, ce n’est pas inhabituel pour eux de garder soigneusement au fond d’eux le secret des violences qu’ils ont vécues, jusqu’à ce que leurs agresseurs soient morts.

Les survivants ayant un TDI vont souvent traverser plusieurs changements une fois que leur agresseur principal sera mort. Il y aura toute sorte de mouvements, modifications et évolutions en interne. Cela pourrait être leur raz de marée intérieur.

Mais comment les survivants ayant un Trouble Dissociatif de l’Identité peuvent-ils vivre ce raz de marée émotionnel ?

A. Par une diminution significative de la dissociation
La mort d’un agresseur peut faire trembler les barrières dissociatives, puisque ces barrières étaient présentes pour leur sécurité et leur survie. Quand il y a une diminution du risque de violences, le besoin de maintenir ces barrières dissociatives diminue. Quand ces barrières s’affaissent, les informations désormais disponibles se reconnectent aux parts qui les avaient dissociées, mises à l’écart. Plusieurs parts du système pourront ainsi découvrir de nouvelles informations, de nouvelles émotions.

B. Les souvenirs de violence peuvent revenir. Les flashbacks post-traumatiques et d’autres symptômes du trouble de stress post-traumatique vont ressurgir.
La peur de devoir gérer le retour de l’agresseur dans sa vie quotidienne disparaît, le survivant se sent plus en sécurité, et tout un tas de souvenirs peuvent ainsi remonter à la surface. Les parts enfants, ou même des parts plus âgées, détenant des souvenirs traumatiques peuvent revenir à la conscience, chacune souhaitant, espérant avoir le temps de parler de ce qui leur est arrivé. L’hôte du système pourrait se sentir submergé par ce besoin soudain et émanant d’autant de parts de prendre le temps de parler, de prendre le temps de guérir. La douleur que ressentent ces parts peut être intense.

C. Une activité plus importante des introjects
Les introjects pourraient passer plus souvent à l’action, ressentir le besoin de remplacer l’agresseur et étendre leur influence sur la vie quotidienne du survivant dissocié. Certains introjects pourraient avoir appris, avoir été entraînés à réagir de cette manière lorsque l’agresseur n’est plus dans l’entourage immédiat. L’introject persécuteur pourrait tenter de continuer le travailler de l’agresseur, afin que rien ne change.

D. L’émergence de nouveaux alters
De nouveaux alters pourraient se sentir suffisamment courageux pour sortir de l’ombre et partager leur histoire, ce qui signifie de nouveaux souvenirs traumatiques. Ils pourront se sentir suffisamment en sécurité pour apparaître, maintenant que l’agresseur est mort et définitivement hors de leur vie.

E. Une augmentation du déni
Si certaines parts peuvent être heureuses, même excitées, au sujet de la mort de leur agresseur, d’autres pourraient nier cette réalité de toute leur force. Ces parts qui sont attachées à l’agresseur auront besoin de temps pour explorer et accepter leurs émotions, pour comprendre pourquoi elles étaient si connectées à l’agresseur. Souvent, ces parts ont été traitées plus gentiment et les violences qu’elles ont vécues étaient présentées de façon positive. Ces parts pourraient ne pas vouloir accepter ou croire que l’agresseur est mort. Si jamais il existe des introjects de l’agresseur, elles pourraient transférer leur loyauté à ces parts-ci.

F. Une augmentation des pulsions d’automutilation et des pensées suicidaires
Beaucoup de survivants réagiront à la mort de leur agresseur par une activité d’automutilation ou une fréquence de pensées suicidaires plus importante. L’automutilation pourrait être une tentative d’étouffer les souvenirs et les émotions afin de reprendre le contrôle. Cela pourrait aussi être une façon de rejouer les souvenirs traumatiques qu’ils revivent. Parfois, il arrive que certains survivants aient l’impression que leur agresseur, bien que mort, cherche à les pousser au suicide. Quand un survivant montre ces symptômes, il est nécessaire de travailler sur les causes et les croyances qui entourent ces comportements extrêmes.

G. Un relâchement des émotions
Tandis qu’ils découvrent un certain sentiment de sécurité maintenant que leur agresseur est mort, le but le plus sain pour les survivants est de s’autoriser à ressentir leur tristesse, leur douleur, leur peur, leur colère, etc.

Toutes ces émotions se sont retrouvées contenues dans un coin, mais lorsqu’il redevient possible de les ressentir, elles pourraient remonter d’un seul coup. Quand les survivants seront en capacité de s’autoriser à ressentir cette peur, cette colère, et à faire leur deuil vis-à-vis de leur agresseur, ils auront fait un énorme pas en avant sur le chemin de leur rétablissement émotionnel.

Tous ces évènements internes sont, sans aucun doute, un véritable raz de marée dans la vie des survivants de traumatismes. Tous ces chamboulements peuvent être abordés en thérapie et beaucoup peuvent être évités en travaillant dessus à l’avance.

Si vous n’avez pas commencé à travailler sur le fait de couper les liens entre vous et vos agresseurs, vous aurez plus de mal à le faire après leur mort. Si vous avez commencé à travailler dessus avant, le raz de marée émotionnel n’aura pas le même impact.

Je vous souhaite le meilleur dans votre guérison.

Chaleureusement,
Kathy.

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