L’autodiagnostic et le TDI – Partie 4

En résumé

Même si la validité de l’autodiagnostic de TDI n’a pas été étudiée et qu’il doit être abordé avec prudence, il n’en reste pas moins une étape majeure du parcours thérapeutique, ne serait-ce que par ce qu’il vient révéler en termes de souffrance chez la personne. Il est important que cette démarche soit prise en compte et respectée. Néanmoins, il est aussi nécessaire qu’à un certain stade, la personne soit accompagnée par un professionnel dans sa recherche de réponses et de solutions.

Car si l’autodiagnostic semble commun dans la communauté des gens avec TDI, voire une étape obligée pour certains notamment à cause du manque de spécialistes disponibles, il n’est pas possible, sur le plan éthique, de déclarer qu’il est suffisant.

Il est connu que certains troubles ont des manifestations qui ressemblent fortement au TDI, tout en nécessitant une prise en charge différente. A côté de ça, le TDI et ses comorbidités représentent souvent un tableau clinique complexe, qu’il est important de démêler. De plus, pour que la personne puisse aller réellement mieux, il est nécessaire que ses traumatismes soient pris en charge. Or, c’est une chose qui ne peut se faire efficacement qu’avec l’aide d’un professionnel, en suivant un plan de traitement adapté à la personne.

Cependant, même dans le cas de présence de comorbidités, obtenir un diagnostic n’est pas une obligation : il est possible qu’au vu de la clarté des symptômes et des besoins de la personne, lui faire passer un entretien diagnostic soit une perte de temps, d’argent et d’énergie qui pourraient être mieux investis dans la thérapie. De fait, une reconnaissance par un professionnel spécialisé peut largement suffire à la confirmation ou infirmation de l’autodiagnostic et à la prise en charge du TDI s’il est confirmé.

Mais il y a également plusieurs autres choses à prendre en compte :

  • avoir accès à un spécialiste n’est pas facile
  • la majorité sont des psychologues, ils ne sont donc pas remboursés, et le fait qu’un praticien soit un psychiatre ne garantit pas la gratuité des soins (du moins en France)
  • les psychiatres spécialisés qui sont outillés au diagnostic de TDI sont rares et ne sont pas forcément aptes à proposer un suivi thérapeutique
  • objectivement parlant, il n’est pas réaliste d’attendre que chaque personne avec TDI puisse recevoir un suivi adapté dès le moment où elle pose son autodiagnostic ou reçoit son diagnostic
  • la personne peut faire face à des blocages issus de ses traumas.

Dans le cas du TDI, l’arrêt au stade de l’autodiagnostic n’est donc que rarement volontaire et semble souvent la seule étape accessible à la personne actuellement.

Or, cette étape peut être extrêmement importante pour les personnes avec TDI. En effet, un TDI non pris en charge, avec des symptômes dissociatifs et traumatiques envahissants, peut avoir des conséquences importantes sur la qualité de vie de la personne. L’autodiagnostic et l’accès à des ressources fiables et appropriées, s’ils ne permettent de « guérir » ni le TDI ni les traumas, peuvent néanmoins être d’une grande aide dans la stabilisation et la gestion des symptômes au quotidien.

Enfin, la présence en ligne de communautés mélangeant diagnostic et autodiagnostic soulève effectivement certains questionnements, mais il semble que les plus sérieuses de ces communautés aient un effet rassurant et positif sur leurs membres. Elles permettent à certains d’oser franchir le cap et d’aller à la rencontre de professionnels chercher l’aide dont ils ont besoin.

Au regard d’Internet et du mépris affiché envers les gens ayant un autodiagnostic, ne serait-il pas possible que certains se soient trompés de cible ? Qu’ils chassent les gens avec autodiagnostic en les confondant avec ceux qui diffusent de la désinformation ? Les deux peuvent se croiser, certes, mais pas de façon systématique. De plus, une personne diagnostiquée peut, elle aussi, être mal renseignée ou avoir des convictions et des croyances qui ne sont pas cohérentes avec ce que l’on sait actuellement sur le trouble – surtout dans le cas du TDI. Plutôt que de considérer par défaut que la parole de quelqu’un ayant un autodiagnostic n’a aucune valeur, peut-être vaudrait-il mieux se pencher sur ses sources d’information ?

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Autodiagnostic et TDI :
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