Mythes et Faits sur le TDI – Partie 4

Mythes et Faits sur le TDI – Partie 1 (1 à 11)
Mythes et Faits sur le TDI – Partie 2 (12 à 18)
Mythes et Faits sur le TDI – Partie 3 (19 à 25)


26. Les types d’identités sont spécifiques et on peut tous les retrouver chez quelqu’un ayant un TDI.

Les différentes listes détaillées de types et de rôles d’identités qu’on peut retrouver çà et là sont, le plus souvent, des classifications faites par la communauté en ligne. Dans la littérature scientifique, les termes qu’on retrouve en général sont : hôte, protecteur, part imitant l’agresseur/persécuteur, enfant et introject[1]. On peut ainsi retrouver les termes de « protecteur » et « persécuteur » dans des articles datant des années 90[2,3].

Dans le livre de Kluft (1985)[4], on peut retrouver les termes de : hôte, protecteur, persécuteur, Internal Self-Helper (ISH), ainsi que la description de ce qui serait appelé maintenant « introject » et « porteur de trauma » [Trauma Holder]. Il cite également une étude datant des années 70 utilisant le terme « ISH ».

De nos jours, la littérature scientifique préfère un vocabulaire plus large et général. On parlera ainsi plus volontiers de « part apparemment normale » et de « part émotionnelle »[1,5], ou encore « d’état d’identité neutre » et « d’état d’identité traumatique »[6,7]. La différence entre les identités semble donc se faire plus sur la capacité à gérer la vie normale ou la vie traumatique. Néanmoins, les auteurs sont conscients que, dans certains cas, cette classification n’est pas représentative de la réalité : certaines personnes ont des identités qui ne rentrent pas clairement dans l’une ou l’autre de ces catégories, qui mélangent gestion de la vie normale et gestion de la vie traumatique[1].

Kluft, dans son livre de 1985[4], relève le fait que tous les types d’identités ne se retrouvent pas chez tout le monde. Ainsi, dans le chapitre 8 nommé « Trouble de la Personnalité Multiple durant l’enfance : prédicteurs, découvertes cliniques et résultats du traitement », il note que, chez les enfants et jeunes adolescents (8-12 ans) diagnostiqués avec un TDI, les « persécuteurs » et les « ISH » semblent souvent absent du système d’identités. Ils sembleraient se développer plutôt durant l’adolescence et l’âge adulte, voire pas du tout selon les systèmes.

Car, de manière générale, on considère que si certains types et rôles sont régulièrement retrouvés d’une personne à l’autre, c’est parce que le TDI sert le même but chez tout le monde : la survie en milieu hostile. Cependant, toutes les personnes avec TDI n’ont pas fait face aux mêmes menaces, aux mêmes violences, et n’auront donc pas forcément besoin des mêmes types ou rôles d’identités.

De plus, comme dit plus haut, beaucoup de ces étiquettes très précises ont été créées par la communauté en ligne, pour rendre compte des nuances que chacun perçoit au sein de son propre système d’identité. Or, tout le monde n’est pas forcément d’accord sur leur sens. On peut ainsi citer le terme « d’hôte », qui peut autant désigner une identité gérant la vie quotidienne qu’une identité représentant l’identité d’origine.

Pour conclure, non, tous les types d’identité des classifications détaillées ne se retrouvent pas chez toutes les personnes ayant un TDI. Par exemple, il existe des personnes qui n’ont pas d’hôte précis, quel que soit le sens donné à ce mot. Il y a des personnes qui considèrent ne pas avoir de « protecteur », parce qu’elles estiment que toutes les identités jouent un rôle de protection d’une façon ou d’une autre.

Enfin, certaines personnes refusent d’utiliser ces classifications et préfèrent se rapporter à des champs lexicaux différents, comme celui de la famille. Elles pourront désigner leurs identités sous les termes de « frères », « soeurs », « cousins », « oncles », « tantes », « parents », etc.

Références

  1. Hart, V. O., Nijenhuis, E. R. S., Steele, K. (2017). Le soi hanté (Carrefour des psychothérapies). DE BOECK SUP.
  2. Goodman, L., Peters, J. (1995). Persecutory alters and ego states : protectors, friends, and allies. DISSOCIATION, 8(2), 91-99.
  3. Tutkun, H., Sar, V. (1995). Dissociative Identity Disorder : a clinical investigation of 20 cases in Turkey. DISSOCIATION, 8(1), 3-9.
  4. Kluft, R. P. (1985). Childhood Antecedents of Multiple Personality Disorders (Clinical Insights) (1re éd.). American Psychiatric Association Publishing.
  5. Schlumpf, Y. R., Reinders, A. A. T. S., Nijenhuis, E. R. S., Luechinger, R., van Osch, M. J. P., & Jäncke, L. (2014). Dissociative Part-Dependent Resting-State Activity in Dissociative Identity Disorder : A Controlled fMRI Perfusion Study. PLoS ONE, 9(6), e98795.
    https://doi.org/10.1371/journal.pone.0098795
  6. Reinders, A. (2003). One brain, two selves. NeuroImage, 20(4), 2119‑2125.
    https://doi.org/10.1016/j.neuroimage.2003.08.021
  7. Reinders, A. A. T., Willemsen, A. T. M., Vos, H. P. J., den Boer, J. A., & Nijenhuis, E. R. S. (2012). Fact or Factitious ? A Psychobiological Study of Authentic and Simulated Dissociative Identity States. PLoS ONE, 7(6), e39279.
    https://doi.org/10.1371/journal.pone.0039279

27. Les identités sont toujours du même genre, sexualité, ethnie que la personne ; les identités non humaines sont impossibles.

Note : Nous allons volontairement mettre de côté la question transgenre. S’il est possible d’avoir un TDI et d’être transgenre, la complexité de ce cas de figure demande à ce qu’il soit abordé dans un article à part entière.

Le fait que l’apparence interne d’une identité et ce à quoi elle s’identifie ne correspondent pas forcément à l’apparence physique de l’individu est connu et accepté par le monde scientifique depuis bien longtemps. Par exemple, des cas d’identité « de genre opposé » ont été rapportés très tôt. Il est ainsi possible de les retrouver mentionnées dans des compilations d’études des années 80[1].

Une étude menée par Hendrickson, McCarty et Goodwin (1990)[2] s’est penchée sur la question des identités animales. Elle a permis de mettre en évidence une sur-identification à l’animal en question chez ces identités, faisant souvent suite à : avoir été forcé d’agir ou de vivre comme un animal, avoir été témoin de violences à l’encontre d’un animal, avoir été obligé d’être témoin ou d’exécuter des actes de bestialité, avoir vécu la perte traumatique d’un animal, avoir été témoin de sa mort.

On peut également citer le fait que certains comportements autistiques peuvent mener l’enfant à être constamment comparé à un animal ou encore que les animaux étaient la seule source d’identification positive facilement accessible et compréhensible pour l’enfant[3].

La dissociation déconnectant la personne de son corps, de ses ressentis et/ou de réalité du moment présent, l’identité en formation va donc chercher à se rattacher à ce qui semble le plus proche de ses ressentis internes et/ou ce qui va pouvoir favoriser sa survie.

C’est par ce mécanisme qu’on va pouvoir obtenir des identités introjects de l’agresseur[4] (dérivé du mécanisme d’identification à l’agresseur) ou introject de personnes réelles ayant aidé l’enfant. En étendant cette capacité à « introjecter », à absorber des éléments extérieurs dans son sens de l’identité, on comprendra aisément comment on peut se retrouver avec des identités ayant un genre opposé à celui du corps, des animaux gros, forts, impressionnants ou à l’inverse, frêles, timides et discrets. Par ces mêmes mécanismes, il est possible d’avoir des identités représentants des personnages de fiction ou même des objets.

Parce que l’apparence interne d’une identité est avant tout symbolique : elle représente la façon dont elle se sent, dont elle se perçoit, dont elle perçoit son histoire et, parfois aussi, l’image d’elle-même que l’entourage de l’enfant lui a renvoyé. Il faut bien comprendre que cette identification n’est pas faite avec l’objet réel, concret, mais avec ce qu’il représente pour la personne. Cette représentation peut être très proche de la réalité ou, au contraire, profondément symbolique.

Ainsi, une identité qui a les traits d’un chien peut autant être une identité démontrant des comportements de soumission et de honte, qu’une identité forte et protectrice. Une identité-loup pourrait être, chez une personne, une identité ayant pour rôle de se faire discrète et de se fondre dans le décor ; et chez une autre personne, être une identité effrayante, agressive et violente.

Une personne d’une ethnie/culture minoritaire dans l’endroit où elle vit pourrait avoir des identités avec une couleur de peau correspondant à l’ethnie majoritaire ou qui adoptent des particularités et des croyances propres à cette culture, tout en refusant leur culture d’origine ; le tout dans le but de s’intégrer le plus possible à son environnement social.

En bref, comme tout est une question de symbolique, les possibilités sont infinies et nous n’avons fait qu’effleurer une partie d’entre elles à travers nos exemples.

Enfin, il n’est pas rare qu’au fur et à mesure de la thérapie, les identités présentant des différences majeures avec l’apparence extérieure adoptent, petit à petit, une vision d’elles-mêmes plus cohérente avec le corps physique (excepté dans le cas d’une personne transgenre, évidemment).

Concernant des comportements et attirances comme la sexualité, il est parfaitement possible d’avoir des identités ayant des attirances radicalement différentes. Tout d’abord, toutes les identités ne ressentent pas forcément l’attirance romantique et/ou sexuelle. Ces attirances peuvent n’être détenues que par quelques identités précises. Ensuite, certaines personnes peuvent avoir des identités qui séparent différentes attirances, surtout dans le cas où certaines n’étaient pas jugées « acceptables » par l’entourage. D’autres peuvent avoir des identités qui ont développé une attirance précise uniquement en réaction à un trauma, à la pression de l’entourage. Les déclinaisons et possibilités sont nombreuses et peuvent varier d’une identité à l’autre au sein du même système.

Il est donc possible qu’une personne bisexuelle ait une partie de ses identités uniquement attirées par les hommes et une autre partie uniquement attirée par les femmes. Il est aussi possible qu’une personne homosexuelle ait une identité attirée par les personnes de genre opposé, afin de cadrer avec les attentes d’un entourage homophobe. Il peut arriver que des identités refusent d’avoir une relation avec une catégorie de la population en particulier à cause de leurs traumas ou, à l’inverse, aient été conditionnées par leurs agresseurs à n’être attirées que par une catégorie précise de la population.

Faire la part des choses concernant le sens de l’identité et la sexualité au niveau global est complexe. Cela nécessite une certaine avancée dans la coopération et la capacité à intégrer les émotions et comportements.

Références

  1. Kluft, R. P. (1985). Childhood Antecedents of Multiple Personality Disorders (Clinical Insights) (1re éd.). American Psychiatric Association Publishing.
  2. Hendrickson, K. M., McCarty, T., & Goodwin, J. M. (1990). Animal alters: Case reports. Dissociation: Progress in the Dissociative Disorders, 3(4), 218–221.
  3. Amalthæ (2021). Alter-humanités. Éditions Baudelaire.
  4. Hart, V. O., Nijenhuis, E. R. S., Steele, K. (2017). Le soi hanté (Carrefour des psychothérapies). DE BOECK SUP.

28. Les introjects sont forcément mauvais et méchants.

Un introject est une identité qui s’est formée en reliant ses éléments identitaires (apparence, émotions, attitudes, croyances, valeurs, etc.) à quelque chose existant dans le monde extérieur : personne réelle, personnage de roman, animaux, etc. Ça peut avoir une utilité en termes de survie ou encore en termes de cohérence donnée à l’histoire personnelle (en permettant à du matériel traumatique ou a certaines ressources d’être abordée comme du « non moi »).

Dans tous les cas, n’importe quoi peut être une source d’introjection, tant qu’il laisse une impression suffisamment forte à l’enfant et tant que l’esprit lui trouve une utilité pour la survie. Il est possible qu’un introject ait totalement conscience de ne pas être le même individu que sa source, néanmoins ce cas de figure est plutôt rare pour quelqu’un qui n’a pas développé certaines ressources en thérapie. En règle générale, un introject aura la sensation plus ou moins forte (selon le niveau de dissociation) d’être la personne, ou une partie de la personne, à laquelle il s’identifie.

Si on voit les introjects comme des identités forcément mauvaises et méchantes, c’est parce que la majorité des introjects dont on entend parler sont issus des agresseurs de l’enfant. Intégrer les règles de l’agresseur était une question de survie pour beaucoup de personnes ayant un TDI, et quelle meilleure façon d’intégrer ces règles et d’anticiper ou d’éviter des réactions dangereuses de la part de l’agresseur qu’en développant une part qui va pouvoir l’imiter ? Ce genre d’introjects est commun à cause de son bénéfice important pour la survie de la personne en contexte traumatique.

Par exemple, si un enfant s’est déjà fait violemment réprimander lorsqu’il a exprimé un besoin particulier, il pourrait développer une part qui va imiter l’agresseur et qui va lui reprocher ne serait-ce que de penser à ce besoin. Le but est, ici, d’éviter que l’enfant ne recommence à exprimer ce besoin, afin de ne pas être puni à nouveau.

Mais il est également possible de retrouver des introjects de personnes ou personnages positifs, si ceux-ci ont fait une impression suffisamment forte à l’enfant. Ils représentent des ressources importantes pour le système. On pourrait, par exemple, avoir des protecteurs qui détiennent les sentiments de confiance en soi et ne sont pas concernés par les réactions de figement, qui aient pris l’apparence de super-héros.

Nous tenons à insister sur le fait qu’un introject n’est pas une copie conforme de sa source. Il est ce que la part a interprété, a vu, a compris de cette source. On en revient encore à la symbolique !

Et, enfin, il est parfaitement possible d’avoir un introject qui ait l’apparence de l’agresseur, mais qui n’ait que les comportements positifs de l’agresseur. Ça peut arriver dans le cas où l’agresseur est également la figure d’attachement principale de l’enfant et a un comportement fortement incohérent, alternant entre des attitudes protectrices et des attitudes effrayantes : l’introjection des comportements positifs, de protection et de soin peut être un compromis trouvé par l’esprit de l’enfant qui lui permet d’avoir accès à ces ressources, même quand sa figure d’attachement devient menaçante.

Références

  • Broady, K. (2022, 30 janvier). What are introjects?
    Consulté le 08 Mars 2022 sur https://www.discussingdissociation.com/2009/05/introjects-what-are-introjects/
  • Boon, S., Steele, K., Hart, V. O. (2017). Gérer la dissociation d’origine traumatique : Exercices pratiques pour patients et thérapeutes (2017) (Carrefour des psychothérapies) (French Edition) (2e éd.). DE BOECK SUP.
  • Hart, V. O., Nijenhuis, E. R. S., Steele, K. (2017). Le soi hanté (Carrefour des psychothérapies). DE BOECK SUP.

29. Les identités persécutantes / introjects de l’agresseur sont méchantes et doivent être punies, contrôlées, ignorées, repoussées, enfermées ou tuées.

Comme mentionné dans le point précédent, les introjects de l’agresseur sont des parts de la personne qui ont imité l’identité de l’agresseur par mécanismes d’identification et d’introjection ; elles ne sont pas l’agresseur en question, elles sont avant tout des parts de la personne qui a un trouble dissociatif complexe.

Il est de même pour tous les types d’identités persécutantes. Elles ont été créées avec le même but que le reste du système : garder la personne en sécurité. Leurs méthodes ont été adaptées à un moment, ont permis de sauver la vie de la personne durant une certaine période – celle des traumas – et le problème qui se pose à présent, c’est qu’elles n’ont pas les capacités de réaliser que ces méthodes ne sont plus adaptées au temps présent.

Tous les ouvrages de références sont unanimes sur la question : bien qu’il puisse être très difficile de travailler avec ces parts, elles doivent être abordées avec la même bienveillance que les autres. D’ailleurs, dans certains ouvrages, on ne fait pas réellement de distinction entre les introjects de l’agresseur et les parts persécutantes : elles sont bien souvent rassemblées sous le terme de « parts imitant l’agresseur » ou encore de « protecteurs maladaptés ».

Pour plus de précisions sur la façon d’aborder le travail avec ce type d’identité, vous pouvez voir cette catégorie d’articles.

Références

  • Broady, K. (2022, 11 janvier). What is a Perpetrator Introject in a Dissociative DID System?
    Consulté le 08 Mars 2022 sur  https://www.discussingdissociation.com/2017/12/introject-dissociative-system/
  • Boon, S., Steele, K., Hart, V. O. (2017). Gérer la dissociation d’origine traumatique : Exercices pratiques pour patients et thérapeutes (2017) (Carrefour des psychothérapies) (French Edition) (2e éd.). DE BOECK SUP.
  • Goodman, L., Peters, J. (1995). Persecutory alters and ego states : protectors, friends, and allies. DISSOCIATION, 8(2), 91-99.
  • Hart, V. O., Nijenhuis, E. R. S., Steele, K. (2017). Le soi hanté (Carrefour des psychothérapies). DE BOECK SUP.
  • Fisher, J. (2019). Dépasser la dissociation d’origine traumatique : Soi fragmenté et aliénation interne (1re éd.). DE BOECK SUP.

30. Les identités peuvent avoir leurs propres problèmes de santé mentale ou physique.

Les identités ayant chacune une façon d’activer le cerveau, un accès à la mémoire, des souvenirs de trauma qui leur sont propres, il est parfaitement possible que seules certaines développent des troubles spécifiques en lien avec les souvenirs de trauma qu’elles possèdent ou encore dû au fait qu’elles ont ou n’ont pas accès à certaines zones du cerveau.

On peut ainsi parfaitement avoir des identités avec des problèmes sensoriels (problèmes de vue, d’audition, de perceptions tactiles comme la douleur, la chaleur, etc.), des problèmes moteurs plus ou moins importants ou encore des troubles cognitifs plus ou moins importants. Certaines manifestations peuvent faire penser à de l’autisme, des troubles DYS, un trouble de l’attention, etc.

Dans la mesure où certaines réactions et sensibilités allergiques peuvent être majorée par le stress psychologique (comme l’asthme), il est aussi possible que certaines identités semblent être les seules allergiques à certaines substances.

Néanmoins, il faut bien noter que ces troubles ne sortent pas de nulle part : soit ils sont dus à la dissociation, qui empêche une identité d’avoir accès à certaines capacités, et ils se dissiperont d’eux-mêmes au cours de la thérapie ; soit le corps a une prédisposition génétique au développement de ces problèmes.

Quelqu’un qui n’est pas prédisposé à être allergique aux noix n’a aucune chance d’avoir une identité allergique aux noix ! Ceci dit, il est possible qu’une seule identité remplisse les critères physiologiques (de stress, par exemple) pour que cette prédisposition, cette « fragilité », s’exprime.

C’est pour cette raison que les lignes directrices de l’ISSTD recommandent d’être prudent lorsqu’il s’agit de poser des diagnostics concernant les comorbidités chez quelqu’un ayant un diagnostic principal de TDI ou ATDS. Pour poser un diagnostic, il faut que la majorité des identités alternantes de la personne aient des symptômes (plus ou moins forts) des troubles considérés ou que ces troubles aient un impact significatif sur la qualité de vie de la personne au quotidien.

Par exemple, il est possible qu’une personne ait une identité dédiée à la gestion de l’école ou du travail, mais que cette identité ait un accès difficile à la zone du cerveau gérant les réflexions logiques et mathématique. Cela va lui donner une apparence de personne dyscalculique. L’individu pourrait vraiment avoir besoin d’accommodations tant qu’il n’aura pas suffisamment progressé dans sa thérapie, et ce même si le reste de ses identités n’est pas dyscalculique (voir le Point 33 pour plus de développement).

Références


31. Les personnes avec TDI ont obligatoirement une identité sociopathe/psychopathe.

Pour répondre à cette idée reçue, il faut faire une synthèse du Point 3 (Partie 1) et des Point 26 et 30 de cette partie.

Tous les types d’identités alternantes ne se retrouvent pas forcément chez toutes les personnes ayant un TDI. De plus, on estime qu’une identité ne peut pas aller à l’encontre du sens moral de la personne globale et que, pour poser un diagnostic, il faut que la majorité des identités d’une personne montre suffisamment de symptômes d’un trouble considéré.

Ainsi, non, toutes les personnes qui ont un TDI n’ont pas obligatoirement une identité sociopathe/psychopathe (désormais appelé « Trouble de la Personnalité Anti-Sociale »). C’est d’autant plus vrai qu’il est extrêmement rare que quelqu’un avec TDI ait suffisamment d’identités démontrant des symptômes de ce trouble pour pouvoir poser ce diagnostic. De fait, ce n’est pas parce qu’une identité a un comportement ressemblant a un TPAS qu’elle a un TPAS.

Enfin, la plupart du temps, ces identités qui semblent avoir un comportement sociopathique ou psychopathique sont des parts imitant l’agresseur, qui pourront évoluer et changer radicalement leur façon de fonctionner grâce à la thérapie.

Références
Voir les références des points cités en début de réponse.


32. Les identités enfants sont obligatoirement en souffrance / sont obligatoirement des identités heureuses et enjouées.

Comme évoqué dans le point 26, l’apparence d’une identité dépend de plusieurs facteurs et les processus qui sous-tendent la construction de l’identité d’une part sont propres à chacune. Une identité enfant chez une personne ne représentera pas les mêmes choses, n’aura pas les mêmes capacités, qu’une identité enfant chez une autre personne. D’ailleurs, deux identités enfants d’un même individu peuvent avoir des fonctionnements radicalement différents.

Par exemple, on peut avoir une identité enfant qui se considère enfant parce qu’elle a été créée à un jeune âge et son développement a été, en quelque sorte, figé par le trauma. Ses capacités vont être quasiment les mêmes que ce qu’elles étaient au moment du trauma. D’un autre côté, on peut avoir une identité enfant qui a conscience que le corps est adulte, mais qui a trop peur de le réaliser et se raccroche donc à une apparence et des comportements d’enfant. Elle pourra avoir accès à des capacités et compétences supérieures à celle de l’enfant qu’était la personne à cet âge-là.

De fait, dire que toutes les identités enfants sont forcément en souffrance ou forcément heureuses et enjouées n’est pas réaliste. Il y a des identités enfants qui ont été créées suite à un trauma et qui souffrent, oui. Il y a des identités enfants qui ont été créées pour détenir des comportements de la vie de tous les jours, comme le jeu, la curiosité, l’exploration et qui ne souffrent pas. Il y a des parts qui se raccrochent à une identité enfantine parce qu’elles trouvent ça rassurant, au-delà de l’idée d’absence ou de présence de souffrance.

Références

  • Hart, V. O., Nijenhuis, E. R. S., Steele, K. (2017). Le soi hanté (Carrefour des psychothérapies). DE BOECK SUP.

33. Les changements d’identité peuvent être provoqués sur commande, simplement en le voulant.

Pour une vaste majorité de personnes ayant un TDI/ATDS-1, contrôler un changement d’identité demande d’énormes efforts, une certaine préparation en amont et il n’est pas garanti que cela fonctionne. A quelques exceptions près, cette idée reçue est donc fausse.

Il faut bien garder à l’esprit qu’un changement d’identité se produit, à la base, parce que l’identité au contrôle est considérée comme n’étant plus adaptée à la gestion de la situation ; durant l’enfance, c’est généralement quand on passe d’une « situation normale » à une « situation traumatique » et inversement.

Une fois sorti de tout contexte traumatique, pouvoir choisir quelle part vient au contrôle fait partie des compétences les plus difficiles à développer, parce qu’elle touche à plusieurs ressources. Notamment : une bonne capacité de communication, beaucoup de confiance entre les différentes parts, un certain sentiment de sécurité interne, ainsi qu’une bonne capacité à rester ancré dans l’ici-et-maintenant.

La sécurité et l’ancrage sont particulièrement importants, parce que le cerveau privilégie toujours ce qu’il pense promouvoir sa survie – même si ce n’est pas adapté au moment présent. Or, lorsqu’on vient juste de sortir du contexte traumatique dans lequel on a grandi ou que nos parts (notre cerveau) ont du mal à réaliser que le temps du trauma est terminé, les réactions sont rarement adaptées au moment présent. Elles sont encore conditionnées par l’idée que le cerveau se fait de la survie en milieu traumatique.

Par exemple, si une part enfant est déclenchée, elle sera moins encline à submerger le contrôle du corps si elle fait confiance aux parts adultes pour gérer la situation. En revanche, si elle a le sentiment qu’aucune part adulte ne pourra la protéger efficacement, la personne pourra se préparer autant qu’elle veut, la part enfant risque d’être plus forte que toutes les autres. Elle sera poussée au contrôle par le cerveau pour pouvoir agir et se mettre en sécurité de la façon qui lui semble adaptée.

Autre exemple, si une part déclenchée n’arrive pas à rester ancrée, si elle a profondément l’impression que le trauma est en train de se reproduire et qu’aucune autre part n’a les ressources pour contre-balancer et réguler sa réaction, cette part déclenchée aura plus de risques de se retrouver au contrôle – car les croyances de cette part à cet instant sont aussi celles du cerveau au niveau global.

Ceci dit, même une fois que la personne possède toutes les ressources et capacités nécessaires, ça reste loin d’être une science exacte et il est impossible pour une personne ayant un TDI/ATDS-1 de contrôler tous ses changements, tout le temps. Des facteurs comme la fatigue, le manque de sommeil, un événement émotionnellement compliqué, le stress, etc. peuvent grandement impacter la capacité à avoir une influence sur les changements de parts.

Certaines personnes peuvent utiliser des déclencheurs positifs (qui ne sont pas liés à un trauma, comme de la musique, certains objets, certains vêtements, etc.) pour essayer de maximiser les chances qu’une part en particulier soit au contrôle au moment où elles en ont besoin, mais même cette technique n’est pas complètement fiable. Pour certaines personnes, c’est même la moins fiable de toutes.

Dans le cas de certains systèmes, leur structure et leur façon de fonctionner permet de rendre la gestion des changements d’identités plus simple, mais ils sont loin d’être la norme. La seule chose qui permet de garantir des changements fluides et adaptés, ce sont les progrès en termes de communication et de coopération.

Références

  • Boon, S., Steele, K., Hart, V. O. (2017). Gérer la dissociation d’origine traumatique : Exercices pratiques pour patients et thérapeutes (2017) (Carrefour des psychothérapies) (French Edition) (2e éd.). DE BOECK SUP.
  • Chase, T. (1990). When Rabbit Howls (Reissue éd.). Berkley.
  • Hart, V. O., Nijenhuis, E. R. S., Steele, K. (2017). Le soi hanté (Carrefour des psychothérapies). DE BOECK SUP.
  • Jamieson, A. (2009). Today I’m Alice : Nine Personalities, One Tortured Mind. Sidgwick & Jackson.
  • Switching and Passive Influence. (s. d.). DID-Research.org.
    Consulté le 9 mars 2022 sur https://did-research.org/did/identity_alteration/switching.html

34. Les personnes avec TDI sont plus susceptibles d’être infidèles en amour, d’avoir plusieurs partenaires ; il est difficile de vivre en couple avec quelqu’un qui a un TDI.

A ce jour, il n’y a aucune étude qui existe sur la fidélité des personnes ayant un TDI. Néanmoins, le consensus général au sein de la communauté est que le TDI n’a pas une influence majeure sur le risque que la personne trompe son partenaire. Si le TDI peut demander une communication plus poussée que la moyenne entre les deux partenaires pour que le couple fonctionne, beaucoup de personnes avec ce trouble vivent une vie de couple relativement normale.

Certaines des personnes qui ont du mal à développer une coopération satisfaisante avec leurs identités peuvent rencontrer des difficultés dans l’installation ou le maintient d’une vie sentimentale cadrant avec leur conception du couple (que ce soit strictement monogame ou non). Mais ça ne signifie pas que toutes les personnes qui ont un TDI sont dans ce cas-là.

On pourrait croire que le fait d’avoir plusieurs identités rend plus à même de se retrouver dans des configurations de couple moins traditionnelles – libertinage, polyamour, etc. Néanmoins, si ça arrive, ça ne semble pas être la norme chez les gens ayant un TDI et semble plus être un effet d’âge, de pratiques mieux acceptées au sein des nouvelles générations, que lié au trouble.

Certaines personnes critiquent d’ailleurs ces pratiques lorsqu’elles sont choisies uniquement sur la base du TDI, en arguant qu’elles renforcent les barrières dissociatives entre les identités. Mais toutes les personnes qui ont un TDI ne font pas ce choix de configuration de couple uniquement à cause de leur trouble.

Pour certaines, c’est un fonctionnement qui est véritablement en adéquation avec leurs valeurs personnelles et leur façon d’appréhender le couple. Toutes leurs identités peuvent être ainsi impliquées à différents niveaux avec leurs différents partenaires, sans qu’il n’y ait de réelles séparations selon l’identité au contrôle.

Pour conclure, si le TDI peut rendre les choses plus complexes, ce n’est pas systématiquement le cas et le trouble ne rend pas forcément plus susceptible de tromper l’autre. Rappelons qu’une identité ne pourra jamais aller complètement à l’encontre du sens moral global de la personne. Si le fait de tromper ou d’avoir plusieurs partenaires est fondamentalement inacceptable pour elle, ses identités ne passeront jamais à l’acte, même si elles ne se considéreront pas forcément toutes en couple avec le partenaire actuel. De fait, il est généralement dit dans la communauté que le TDI n’est pas une excuse pour enfreindre les limites du couple établies avec son ou ses partenaires.

C’est une notion qu’il peut être difficile à accepter au début, surtout pour les identités qui ont une très mauvaise opinion de ce genre d’actes et qui se trouvent au sein d’un système où cela arrive, mais il est nécessaire de travailler dessus. En effet, accepter cette notion de responsabilité partagée permettra ensuite de comprendre pourquoi les identités qui ont trompé l’ont fait sans qu’aucune autre n’ait été en mesure de les arrêter, et ainsi permettre de trouver des compromis.


35. Les représentations du TDI dans les médias sont de bonnes sources d’informations.

Un chercheur s’est justement penché sur la question en 2021, au sujet des films. Sa conclusion a été que les films présentent une image du TDI « distordue, biaisée »[1], qui encourage le public à se former des impressions négatives au sujet du trouble.

À côté de ça, les représentations du TDI sur les réseaux sociaux soulèvent de plus en plus de controverses, notamment dans la manière dont elles peuvent pousser les gens à modifier (consciemment ou non) leur fonctionnement pour mieux coller à celui des autres[2]. C’est d’autant plus vrai que beaucoup de gens qui ont un TDI ont également un sentiment d’illégitimité concernant leur diagnostic, qui les pousse souvent à se comparer aux autres membres de la communauté.

Au sein même de cette communauté, des voix s’élèvent pour déclarer que la façon dont est présenté le TDI par les différents influenceurs les plus connus ne cadre absolument pas avec leur façon à eux de vivre le trouble.

Les différents médias sont donc une source d’information à considérer avec précaution, surtout dans les cas d’œuvres de fiction ou d’œuvres dites « s’inspirant de faits réels », qui cherchent à mettre le trouble dissociatif au centre de leur scénario.

Chaque personne vit son trouble d’une façon qui lui est propre, à travers son histoire de vie, son environnement physique et social, ses éventuelles comorbidités, etc.

Comme nous l’avons déjà répété à mainte reprise, dresser un véritable « profil-type » de la personne avec TDI est proche de l’impossible. Il y a des symptômes de base, mais les critères du DSM-V et de la CIM-11 sont relativement larges et ces symptômes peuvent varier dans la façon dont ils s’expriment, notamment sous l’influence des autres comorbidités.

Encore une fois, il y a autant de façon de vivre son TDI que de personne ayant un TDI. Les médias peuvent servir de base de compréhension, mais il faudra toujours en revenir à l’expérience de l’individu qu’on a en face de soi.

Références

  1. Chen, S. (2021). Analysis of Dissociative Identity Disorder presented in popular movies and the possible impacts on public stereotypes. Advences in Social Sience, Education and Humanities Research, 631, 542-546
  2. Pietkiewicz, I. J., Bańbura-Nowak, A., Tomalski, R., & Boon, S. (2021). Revisiting False-Positive and Imitated Dissociative Identity Disorder. Frontiers in Psychology, 12.
    https://doi.org/10.3389/fpsyg.2021.637929

Un avis sur « Mythes et Faits sur le TDI – Partie 4 »

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